Alors qu’ils tentaient de traverser la frontière : les détails fournis par deux rescapés sur le système d’enrôlement forcé en Syrie

La question du recrutement de mineurs dans les zones de conflit en Syrie refait surface suite à de récents témoignages recueillis sur le terrain. Alors que des opérations militaires ont provoqué des mouvements de repli dans le nord du pays, deux adolescents ont pu livrer un récit détaillé de leur détention et de leur enrôlement forcé par le groupe YPG/FDS. Leurs déclarations, relayées par l’agence Anadolu, mettent en lumière les mécanismes de contrainte exercés sur des jeunes tentant initialement de quitter la région.

**Une interception sur la route de l’exil**

Bekir Feyiz Beleş, 16 ans, et Hüsam İbrahim Casim, 17 ans, ne se destinaient pas au maniement des armes. Originaires respectivement de Homs et du district de Manbij, ces deux jeunes Syriens cherchaient à rejoindre la Turquie pour y travailler. C’est lors de cette tentative de traversée clandestine, en décembre 2025, qu’ils ont été interceptés à Aïn al-Arab (Kobané).

Selon le témoignage de Hüsam, l’arrestation a immédiatement été suivie d’un transfert forcé. « Ils nous ont emmenés à Hassaké pour nous imposer un entraînement militaire », explique-t-il, précisant que la prise d’empreintes a été effectuée sous la menace des armes.

**Endoctrinement politique et profil des détenus**

Une fois dans les camps, la formation dispensée s’est avérée davantage idéologique que militaire. Les adolescents décrivent une période d’un mois consacrée à l’endoctrinement politique, contre seulement quelques jours d’entraînement au combat. Hüsam souligne la jeunesse des effectifs présents : si quelques individus avaient environ 25 ans, la grande majorité des détenus étaient nés entre 2007 et 2009, soit des mineurs de moins de 18 ans.

Le groupe retenu comprenait des profils variés, incluant des Arabes, des Kurdes et même des ressortissants libanais, unis par une même situation de contrainte. Une tentative de protestation collective, motivée par leur appartenance tribale, s’est soldée par une répression violente. « Ils nous ont tous jetés au sol et ont commencé à nous frapper », rapporte l’adolescent.

**Des conditions de vie précaires**

Les conditions matérielles décrites par les deux rescapés font état de privations sévères. Le froid, l’absence d’eau chaude et la privation de sommeil constituaient le quotidien du camp. L’alimentation était également rationnée de manière drastique.

Bekir, transféré successivement de Aïn al-Arab à Raqqa puis à Hasan Derviş, raconte un épisode marquant concernant leur régime alimentaire : « Pendant trois jours, ils ne nous ont donné que du pain et des tomates ». Lorsqu’ils réclamaient à dîner ou de l’eau, les formateurs leur signifiaient qu’il n’y avait rien.

**Menaces et libération**

Toute tentative d’évasion était dissuadée par des menaces de mort explicites. Bekir rapporte que les gardes promettaient d’abattre « quiconque sortirait par la porte », utilisant le bruit des avions survolant la zone comme levier de peur supplémentaire.

Le dénouement de leur captivité est intervenu à la faveur d’une opération de l’armée syrienne à l’ouest et à l’est de l’Euphrate. Le retrait des membres de l’organisation face à cette avancée militaire a permis aux deux adolescents de recouvrer la liberté. Ils se sont ensuite rendus aux forces syriennes présentes dans la zone.

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