« Le Sénégal, comme beaucoup de pays de l’espace OAPI, n’a pas pu profiter pleinement de ces flexibilités. » La déclaration est signée Talla Samb, directeur de la propriété industrielle à l’Agence sénégalaise pour la propriété industrielle et l’innovation technologique (ASPIT). Elle a été prononcée ce mercredi à Dakar, lors d’un symposium national consacré à la propriété intellectuelle, à l’innovation pharmaceutique et à l’accès aux médicaments.
L’Accord sur les aspects des droits de propriété intellectuelle qui touchent au commerce (ADPIC), piloté par l’Organisation mondiale du commerce (OMC), contient pourtant des dispositions destinées aux pays les moins avancés. Ces flexibilités permettent notamment de ne pas protéger certains brevets pharmaceutiques, facilitant ainsi la production de génériques. Mais selon Talla Samb, leur mise en œuvre reste entravée par un manque d’information et un besoin de renforcement des capacités des décideurs et des acteurs du secteur.
La propriété intellectuelle, un obstacle encore peu abordé
Directeur adjoint d’Enda Santé, Dr Papa Djibril Ndoye a rappelé que les questions de propriété intellectuelle figurent parmi les obstacles majeurs à l’accès aux médicaments, selon une étude menée au Sénégal. « Il y a les difficultés liées au circuit d’approvisionnement, mais également le prix des médicaments qui constitue parfois un obstacle pour certains bénéficiaires », a-t-il expliqué, cité par Apanews. Il a aussi pointé les brevets protégeant certaines molécules et la baisse progressive de financements internationaux qui soutenaient l’accès aux traitements pour les populations vulnérables.
Pour les autorités, la souveraineté pharmaceutique est une priorité. Représentant le ministre de la Santé, Dr Mor Diagne a insisté sur la nécessité de considérer la propriété intellectuelle comme un outil au service de la santé publique. « La propriété intellectuelle ne doit pas être perçue comme un obstacle à la santé publique, mais comme un levier qu’il convient d’utiliser avec intelligence et équilibre », a-t-il soutenu.
Cette rencontre s’inscrit dans un contexte d’accélération des efforts nationaux pour réduire la dépendance aux importations de médicaments. En avril, le gouvernement a dévoilé une année d’accélération pour son autonomie pharmaceutique, tandis que l’Institut Pasteur de Dakar est entré dans la phase 2.0 du programme de transfert de technologie à ARN messager de l’OMS. Les travaux du symposium de Dakar doivent déboucher sur des recommandations pour renforcer l’accès aux médicaments et soutenir la production pharmaceutique locale.
