A propos des controverses sur le taux de croissance du PIB, Par Ibrahima SENE

A propos des controverses sur le taux de croissance du PIB, Par Ibrahima SENE

Les gens discutent du terme croissance  et de son taux, sans connaître leur contenu réel. C’est pourquoi ils passent à côté en pensant qu’elle n’a aucune signification sociale, et n’est qu’un gadget pour endormir les gens.

C’est pour cela que  je me  suis permis, sans prétention aucune, mais juste avec le souci de contribuer à lever un quiproquo,  de rappeler ci-dessous,  en quoi correspond le terme de croissance, et sa décomposition.

Elle correspond en fait, à la différence de valeur ajoutée entre deux périodes, à laquelle sont ajoutés  les impôts et taxes perçus par l’Etat sur la période.

La croissance du PIB ne traduit donc  que la croissance de la valeur ajoutée, c’est-à-dire de la richesse créée d’une période à l’autre,  et la croissance des impôts et taxes perçus par l’Etat dans cette même période.

La Valeur ajoutée inclut celle du secteur formel et du secteur informel. Elle  est la richesse créée dans une  période considérée.

Donc, pour savoir si la croissance du PIB a des effets sociaux ou non, il faudrait voir comment la valeur ajoutée est répartie entre les groupes sociaux économiques qui l’ont générée, et comment les impôts et taxes prélevés par l’Etat ont été redistribués.

Pour l’Etat, il procède à une redistribution de valeur ajoutée à travers la Loi des Finances et son exécution.

Cette redistribution est arbitrée par l’Assemblée nationale qui vote le Budget. D’où l’importance de n’y envoyer que des gens en mesure de peser sur  les délibérations de cette Institution, en faveur des couches sociales qui participent à la création des richesses, et aux couches dites non « actives ».

Ainsi, pour savoir qui a le mieux profité de cette redistribution de revenu, il faudrait analyser le budget.

Pour ce qui est de  la richesse créée par le secteur privé formel, en 2011, la valeur ajoutée a été de 1433,2 milliards,  contre une  valeur ajoutée de 1263,7 milliards 2010, sous Wade.  Elle a été répartie entre la masse salariale pour 43,7%, les dividendes et autres amortissements au profit du patronat non financier pour 38,4%, pour les frais financiers au profit du capital bancaire 11,9%, soit 50,3% pour le Capital, et 15,9% pour l’Etat.

En 2012, la part des salaires dans la valeur ajoutée est portée à 45,5%, puis  à 49,2% en 2013.

En 2014, où la Valeur ajoutée a été de 1348,1 milliards, donc, inférieure à celle de 2011, mais  elle a été distribuée pour la masse salariale à 53,3%, pour le patronat non financier à 27,2%, pour le patronat financier à 12%, soit 39,2% pour le Capital, et 7,5% pour l’Etat.

Donc, la croissance de l’Economie se mange bien, si l’on se réfère à la valeur ajoutée.  Elle a été mieux partagée sous le régime de Macky, qui,  dès 2013, a favorisé, par sa réforme de l’impôt sur le revenu, les travailleurs du secteur formel au détriment du capital et de la Bureaucratie d’Etat.

Ainsi, cette distribution de la croissance devrait faire réfléchir la gauche sur la nature sociale de la politique économique mise en œuvre sous Macky Sall.

La leçon qu’il faudrait tirer de cette situation, c’est qu’il ne faut pas, à gauche, se focaliser sur le taux de croissance du PIB,  quand on veut parler de la répartition des richesses créées.

En effet, en 2011, le taux de croissance du PIB était de 1,8%, alors qu’il est de 4,3% en 2014, pendant que la valeur ajoutée  et les impôts et taxes ont été plus élevés en 2011.  Ce qui semble paradoxal à première vue.

Mais pour comprendre ce qui semble être paradoxal, il ne  faut  jamais perdre de vue que le taux de croissance du PIB se calcule en  référence à une année précédente, et ne peut servir  nullement, à lui seul, à renseigner sur la répartition de la richesse créée durant la période.

Ainsi, le taux de croissance du PIB  de 1,8% de 2011,  avec une valeur ajoutée de 1433,2 milliards, c’est relativement à celui de 2010 qui était de 4,1%,  dont la Valeur ajoutée n’a été que de 1263,7 milliards.

Donc, le taux de croissance  du PIB ne mesure  que la dynamique de l’Economie d’une période à une autre, qu’il ne faudrait  pas confondre avec la richesse créée, encore moins sa répartition.

 Donc,  cessons  ce débat stérile sur la croissance du PIB,  mais faisons plutôt  attention à  la répartition de la valeur ajoutée, qui traduit le partage de la richesse créée entre ceux qui l’ont produite, et  à l’évaluation de la loi des Finances et à son exécution, qui traduit la redistribution de cette  richesse déjà distribuée dans  la  période considérée.

Il nous faudrait en outre  prendre en compte le secteur informel, où la répartition de la valeur ajoutée en 2010, la seule année où les données sont les plus récentes, est de 23% pour la masse salariale, contre 73% pour les entrepreneurs.

Ce secteur ne devrait  plus échapper à nos préoccupations de gauche pour une plus grande justice sociale.

Ibrahima Sène

PIT/SENEGAL/CDS

senibrahima5@gmail.com

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