Les biens culturels africains détenus à l’étranger et les archives sénégalaises conservées hors du pays ont été au cœur du discours du Premier ministre à Dakar. Le 15 octobre, à l’ouverture de la 18ᵉ Foire internationale du livre et du matériel didactique, Ahmadou Alhaminou Lô a désigné les biens spoliés comme des « biens volés ».
Le chef du gouvernement a déclaré que l’État du Sénégal agirait avec les autres États africains pour faire revenir au pays sa mémoire et ses biens culturels. « Ce n’est pas du tout une faveur qu’on nous fait quand on nous rend des biens volés », a-t-il affirmé. Lequotidien rapporte également qu’il a cité la Bibliothèque nationale de France parmi les lieux où se trouvent des archives sénégalaises.
Les demandes de restitution se heurtent progressivement moins à l’absence de mécanismes juridiques. En France, une loi promulguée par Emmanuel Macron permet désormais au gouvernement d’engager, par décret, la sortie du domaine public d’un bien culturel pillé, sans qu’une loi spécifique soit nécessaire pour chaque dossier. Le dispositif concerne les biens acquis entre le 20 novembre 1815 et le 23 avril 1972 et exige l’accord de la personne morale concernée lorsque l’œuvre n’appartient pas à l’État. Il concrétise une promesse faite en 2017 à Ouagadougou, alors que des demandes anciennes, notamment africaines, se heurtaient jusque-là au principe du domaine public.
Pour retrouver des éléments sur la bataille de Nguidjilone, livrée en 1858 ou 1859, le Premier ministre a expliqué avoir dû consulter des documents conservés en France. Il a estimé qu’une part importante des écrits et de l’histoire du Sénégal devait encore être recherchée à l’étranger. Il a aussi relevé que, dans les premiers ministères de la région qu’il avait visités lorsqu’il était secrétaire général du gouvernement, les plus anciens documents conservés dataient de la seconde moitié du XIXᵉ siècle.
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La restitution ne suffit toutefois pas à préserver la mémoire nationale si les institutions chargées de la conserver ne sont pas renforcées. À la FILDAK, le Premier ministre a réaffirmé l’engagement du gouvernement à réaliser la Bibliothèque nationale et la Maison des archives, deux projets structurants pour la conservation des documents et la transmission des savoirs. Après sept ans d’interruption, la foire a ainsi replacé au centre du débat la souveraineté culturelle et l’avenir du livre à l’ère du numérique.
Ahmadou Alhaminou Lô a appelé chercheurs et sociologues à se rapprocher de l’État afin de contribuer à l’écriture de l’histoire nationale et à la sauvegarde de la tradition orale. Il a notamment résumé les limites des récits écrits par cette formule : « Entre le chasseur et le lion, le chasseur racontera toujours la bataille à sa manière. »


