71 formations dans un nouveau front : l’opposition relance l’épreuve de l’unité

Le 9 février 2025, une nouvelle coalition a été officiellement lancée dans le champ politique sénégalais. Baptisé Front pour la Défense de la Démocratie et de la République, ce regroupement réunit environ 71 formations et mouvements qui disent vouloir s’opposer à ce qu’ils qualifient de dérives autoritaires du pouvoir actuel incarné par le parti PASTEF. Parmi les figures citées figurent Taxawu Sénégal de Khalifa Sall, Rewmi d’Idrissa Seck, l’Alliance pour la République de l’ancien président Macky Sall, l’Alliance pour la Relève Citoyenne d’Anta Babacar Ngom, le Parti de l’Unité et du Rassemblement de Serigne Moustapha Sy, Gueum Sa Bopp de Bougane Gueye Dany et le Grand Parti de Malick Gakou.

Cette séquence prolonge une histoire plus ancienne, faite de regroupements, de ruptures et de nouvelles tentatives d’unité. Depuis l’indépendance, l’opposition a évolué entre encadrement strict, élargissement du multipartisme, coalitions électorales et éclatements successifs. Du régime de Léopold Sédar Senghor au multipartisme intégral sous Abdou Diouf, puis aux alternances de 2000, 2012 et 2024, la même difficulté traverse cette trajectoire : rassembler durablement des forces politiques aux intérêts et stratégies souvent divergents.

Le premier grand basculement intervient avec la Coalition pour l’alternance 2000, formée autour d’Abdoulaye Wade pour la présidentielle de février-mars 2000. En réunissant notamment le PDS, le PIT, la LD/MPT et AJ/PADS, avant le ralliement de Moustapha Niasse au second tour, cette alliance parvient à dépasser ses clivages et conduit à la première alternance démocratique. Mais une fois Wade au pouvoir, la coalition qui l’accompagne se recompose à son tour, entre fidélités, départs et nouvelles adhésions.

Des coalitions décisives, mais rarement durables

Les années suivantes sont marquées par une succession de cadres unitaires. La Coalition Populaire pour l’Alternative, créée en avril 2006, vise à faire front contre le régime Wade, avant d’éclater sur la question d’une candidature unique. Alternative 2007 naît dans la foulée, puis le Front Siggil Sénégal apparaît en juin 2007 après les législatives boycottées par une partie importante de l’opposition. Ce front s’élargit ensuite avec les Assises nationales et ouvre la voie à Benno Siggil Senegaal, mise en place au début de 2009 pour les élections locales. Cet élan sert ensuite de socle à Benno Bokk Yaakaar, coalition qui permet à Macky Sall d’accéder au pouvoir en 2012 et de transformer cette alliance en coalition de gouvernement pendant plus d’une décennie.

Une autre phase s’ouvre avec l’émergence de nouvelles figures et de nouvelles plateformes. Taxawu Sénégal, lancé d’abord à Dakar en 2014 avant de prendre une dimension nationale, se structure autour de Khalifa Ababacar Sall. La coalition Mankoo Taxawu Sénégal est constituée le 4 mai 2017 pour les législatives de la même année et obtient 7 sièges à l’Assemblée nationale. Puis Yewwi Askan Wi, lancée en septembre 2021, rassemble autour de Taxawu Sénégal, du PUR et du PASTEF plusieurs partis et responsables politiques. Cette coalition noue ensuite une alliance avec Wallu Sénégal pour les législatives de 2022, et l’inter-coalition Yewwi-Wallu engrange 80 députés au Parlement. Mais là encore, les divergences d’approches et d’intérêts finissent par l’emporter, jusqu’à une dissolution de fait après la présidentielle de 2024.

À partir de 2021, d’autres regroupements apparaissent dans une séquence de forte tension politique : le Mouvement pour la Défense de la Démocratie, créé en mars 2021 autour du PASTEF et d’organisations militantes ; le F24, lancé en avril 2023 avec plus d’une centaine d’entités ; le FITE, enregistré en novembre 2023 ; puis le Collectif des candidats spoliés, le FD-EI et le FC25, sur fond de contestation du processus présidentiel de 2024. Dans le même temps, les législatives anticipées du 17 novembre 2024 ont donné 130 sièges au PASTEF, tandis que la coalition Takku Wallu Sénégal en a obtenu 16 ; comme l’a retracé Sud Quotidien dans ce dossier, l’installation de la XVe législature le 2 décembre 2024 a ensuite laissé deux groupes parlementaires officiellement constitués et 19 députés non-inscrits.

L’élection de Bassirou Diomaye Faye en 2024 ouvre ainsi une nouvelle phase, alors même que la question des coalitions reste centrale et que l’opposition d’hier exerce désormais le pouvoir. Ce parcours, qui va de la marginalisation initiale aux alliances victorieuses, puis aux recompositions les plus récentes, a été retracé dans ce dossier publié par Sud Quotidien.

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