Visé par le FBI puis cité dans l’affaire Epstein, le parcours trouble du diplomate français aujourd’hui suspendu

Les répercussions de l’affaire Jeffrey Epstein continuent d’atteindre les sphères de l’État en France. Alors que la justice américaine a rendu publics des milliers de documents, l’analyse de ces archives met en lumière les connexions entretenues par un haut fonctionnaire du ministère des Affaires étrangères avec le financier décédé. Au-delà des simples échanges, c’est le passif administratif de cet agent, déjà signalé par les services fédéraux américains dans une autre procédure, qui retient l’attention.

Le Quai d’Orsay se retrouve confronté à des révélations embarrassantes émanant de la justice américaine. Selon les éléments rapportés par l’agence Anadolu, qui reprend une enquête de la cellule investigation de Radio France, un diplomate français en poste depuis un quart de siècle figure de manière récurrente dans les « Epstein Files ».

Il s’agit de Fabrice Aidan, un cadre du ministère actuellement détaché dans le secteur privé. Son nom apparaît dans près de 200 fichiers parmi les documents déclassifiés par le département de la Justice des États-Unis. Ces archives témoignent d’une relation suivie entre 2010 et 2017 avec le milliardaire américain accusé de crimes sexuels.

Une proximité documentée et des services rendus

Si aucun élément matériel ne permet, à ce stade, d’établir une participation directe aux crimes sexuels reprochés à Jeffrey Epstein, la nature des échanges interroge. Les documents font état d’une relation étroite, incluant la transmission d’informations diplomatiques et divers services rendus, particulièrement durant la période où le fonctionnaire était détaché auprès des Nations unies à New York.

Ces révélations interviennent alors que le groupe Engie, où Fabrice Aidan exerçait récemment, a confirmé sa suspension immédiate. De son côté, le ministère des Affaires étrangères, par la voix de son porte-parole, s’est déclaré « prêt à prendre toutes les mesures qui s’imposent » et n’exclut pas de saisir la justice française pour contribuer à la manifestation de la vérité.

Un précédent signalement du FBI ignoré

L’affaire prend une autre dimension au regard du passé administratif de l’intéressé. D’après plusieurs médias d’investigation cités par Anadolu, ce diplomate avait déjà fait l’objet d’un signalement en 2013. Le Bureau fédéral d’enquête (FBI) avait alors alerté les Nations unies concernant des soupçons de consultation de sites pédopornographiques.

À l’époque, une enquête interne avait été ouverte par l’ONU. La procédure s’était soldée par un départ précipité du diplomate de son poste à New York et son rapatriement en France. Toutefois, le Quai d’Orsay précise qu’aucune poursuite judiciaire n’avait été engagée et qu’aucune sanction disciplinaire n’avait été prononcée à son encontre lors de ce retour.

Des connexions internationales étendues

Les courriels dévoilés mardi montrent que Jeffrey Epstein avait identifié ce diplomate et en avait informé son cercle proche. Les échanges mettent également en lumière des liens avec Terje Roed-Larsen, diplomate norvégien et figure des accords d’Oslo, qui fait lui-même l’objet d’investigations en Norvège pour corruption aggravée. Des mouvements financiers indirects, notamment liés à l’achat d’ouvrages, apparaissent dans les dossiers.

Le cabinet de l’actuel ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, affirme ne pas avoir eu connaissance de l’ensemble de ces éléments antérieurs avant leur médiatisation récente. Sollicité par plusieurs rédactions, Fabrice Aidan n’a pas donné suite et a supprimé sa présence numérique sur les réseaux professionnels.

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