Visas bloqués pour 75 pays : le motif financier invoqué par Washington qui passe mal chez son allié thaïlandais

Bangkok est sous le choc. Alors que de nombreux ressortissants thaïlandais finalisaient leurs démarches pour rejoindre les États-Unis, l’administration de Donald Trump a brusquement annoncé une pause indéfinie sur le traitement des visas d’immigration. Cette mesure, qui s’applique à une liste élargie de nations, frappe de plein fouet un partenaire diplomatique historique de Washington en Asie du Sud-Est, laissant des milliers de familles et de travailleurs dans une impasse juridique totale.

Pour Khaochat Mankong, 2026 devait marquer le début d’une nouvelle vie en Californie. À 27 ans, cette tutrice d’anglais avait rempli toutes les formalités nécessaires auprès de l’ambassade américaine à Bangkok pour rejoindre son mari américain. Ses projets se sont volatilisés la semaine dernière lorsque la Maison Blanche a officialisé le gel des demandes de visas pour les ressortissants de 75 pays, incluant la Thaïlande.

Une justification économique contestée

Selon les informations rapportées par notre source Al Jazeera, le département d’État américain justifie cette suspension par des taux jugés « inacceptables » de recours aux prestations sociales par les migrants issus de ces pays. Une explication qui passe mal auprès des candidats au départ comme Khaochat, qui affirme disposer des compétences linguistiques et des ressources financières nécessaires pour ne pas dépendre de l’aide publique. « Je suis choquée ; je n’aurais jamais pensé qu’ils interféreraient avec les visas permanents ou les visas de mariage », confie-t-elle, déplorant une séparation forcée pour une durée indéterminée.

Cette décision impacte également les visas de travail de classe EB ainsi que les visas pour conjoints et personnes à charge. Songtham Artsomjit, 26 ans, avait investi 800 dollars auprès d’une agence pour obtenir un visa de travail non qualifié dans le Wisconsin. Face à ce blocage, il se voit contraint de rediriger son projet professionnel vers Israël, préférant les risques sécuritaires de la région à la précarité économique.

Tensions diplomatiques entre alliés historiques

L’inclusion de la Thaïlande dans cette liste restrictive surprend les observateurs, le pays étant l’un des deux seuls alliés liés par traité aux États-Unis en Asie du Sud-Est, avec des relations diplomatiques remontant à 1833. Le ministre des Affaires étrangères, Sihasak Phuangketkeow, a rencontré la chargée d’affaires américaine Elizabeth J. Konick pour demander des clarifications. Il a notamment interrogé la logique de cette décision au regard de la contribution de la diaspora thaïlandaise à l’économie américaine.

Les données du Pew Research Center indiquent en effet que le revenu annuel médian des ménages dirigés par des Thaïlandais aux États-Unis s’élevait à 82 000 dollars en 2023, soit un montant supérieur à la moyenne nationale américaine de 75 000 dollars. Ce décalage entre la réalité économique de la diaspora et l’argumentaire de l’administration Trump alimente un sentiment d’injustice à Bangkok.

Un contexte commercial déjà tendu

Cette mesure migratoire s’ajoute à des frictions commerciales existantes. Les exportations thaïlandaises vers les États-Unis subissent déjà des droits de douane de 19 % depuis le mois d’août. Phil Robertson, directeur de l’organisation Asia Human Rights and Labour Advocates, qualifie cette politique de « grossière et cruelle », estimant que l’administration cherche à multiplier les obstacles administratifs pour rendre l’immigration impossible de fait.

Toutefois, certains membres de la diaspora soutiennent la démarche. Noi, résidente en Floride et détentrice d’une carte verte, approuve les efforts visant à restreindre l’accès aux fonds publics pour les immigrants. Pour d’autres, la situation relève d’une ironie amère : le mari américain de Khaochat, aujourd’hui bloquée en Thaïlande, avait voté pour Donald Trump.

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