Trois semaines après l’opération militaire américaine du 3 janvier ayant conduit au transfert de Nicolas Maduro vers une prison new-yorkaise, une incertitude plane sur la direction politique du Venezuela. Si le calme prévaut dans les rues de Caracas, Washington met en place un dispositif complexe pour gérer l’après-Maduro sans occuper physiquement le terrain. Cette approche, qualifiée de stratégie évolutive par les observateurs, repose sur des leviers économiques précis qui placent la nouvelle administration vénézuélienne face à des choix restreints.
**Une stratégie de contrôle par l’économie**
Selon les informations rapportées par Al Jazeera, l’administration de Donald Trump ne cherche pas à installer une gouvernance directe, mais privilégie une méthode décrite par les experts comme une « coercition à distance ». Francesca Emanuele, du Center for Economic and Policy Research, explique que le gouvernement vénézuélien opère désormais « avec un pistolet sur la tempe ». Ce mécanisme repose sur trois piliers : les sanctions, le levier pétrolier et la menace latente d’un recours renouvelé à la force.
Cette approche vise à forcer la direction post-Maduro à se conformer aux exigences américaines, principalement autour de l’accès aux ressources énergétiques. Begum Zorlu, chercheuse à la City University de Londres, souligne que ce modèle dépend de la peur pour maintenir un « mécanisme de contrôle » sur les décisions prises à Caracas.
**La gestion opaque des revenus pétroliers**
Les premiers effets de cette politique sont déjà visibles. Washington et Caracas ont annoncé l’exportation de brut bloqué dans les ports vénézuéliens, pour une valeur estimée à 2 milliards de dollars. La semaine dernière, une première vente de 500 millions de dollars a été officialisée, dont 300 millions auraient été perçus par Caracas pour stabiliser le marché des changes, selon Delcy Rodriguez, présidente par intérim.
Cependant, Phil Gunson de l’International Crisis Group note une opacité persistante autour de ces transactions. La question de la gestion de ces fonds reste centrale : qui détermine les dépenses et selon quels critères ? Aux États-Unis, des législateurs exigent déjà que les responsables de l’administration Trump divulguent tout intérêt financier dans les compagnies impliquées.
**Un équilibre interne fragile**
Sur le plan politique interne, le pouvoir vénézuélien repose actuellement sur trois pôles distincts : l’aile civile dirigée par Delcy Rodriguez et son frère Jorge, le secteur militaire sous l’autorité du ministre de la Défense Padrino Lopez, et l’appareil sécuritaire contrôlé par le ministre de l’Intérieur Diosdado Cabello. Si une coordination apparente existe, la méfiance persiste.
L’attitude de l’exécutif a changé. Delcy Rodriguez a adopté un ton plus conciliant envers l’administration Trump. Ce virage s’est concrétisé par le limogeage d’Alex Saab, allié historique de Maduro, de son poste de ministre de l’Industrie, et par la libération progressive de prisonniers politiques. Même les soutiens traditionnels, comme Cuba, font l’objet d’un traitement prudent : le ministère des Affaires étrangères a réaffirmé son soutien politique à La Havane tout en évitant soigneusement d’évoquer les futures livraisons de pétrole.
**Des fractures potentielles**
Les analystes avertissent que cette conformité ne garantit pas la stabilité. Padrino Lopez et Diosdado Cabello restent sous le coup d’inculpations américaines. Selon Phil Gunson, ces figures clés pourraient craindre que l’ouverture politique négociée par les Rodriguez ne conduise à leur propre prosecution, au Venezuela ou aux États-Unis. Des fractures invisibles pourraient émerger, notamment si certaines factions perçoivent les accommodements avec Washington comme une menace existentielle pour leur propre survie.