USA : Pour débloquer l’accès au Sénat, la mission d’entremise discrète confiée à Jeffrey Epstein par une élue démocrate

Les ramifications de l’affaire Jeffrey Epstein continuent de s’étendre dans la sphère politique américaine. De nouveaux documents judiciaires, consultés par notre rédaction via Al Jazeera, mettent en lumière des échanges méconnus impliquant une représentante au Congrès. Ces courriels révèlent comment le financier déchu a été sollicité pour faciliter une connexion de haut niveau au Sénat, dans un contexte d’urgence climatique pour les Îles Vierges.

C’est une correspondance qui détonne avec les prises de position publiques. Alors que Stacey Plaskett, déléguée des Îles Vierges américaines à la Chambre des représentants, a par le passé qualifié Jeffrey Epstein de « démon » dont le comportement la « dégoûtait », des archives dévoilées par le département de la Justice américain racontent une autre histoire en coulisses. Ces documents détaillent une tentative d’utilisation du réseau d’Epstein pour influencer l’agenda législatif à Washington.

p>Une impasse politique après les ouragans

Le contexte remonte à janvier 2018. Les Îles Vierges et Porto Rico peinent à se relever après le passage dévastateur de deux ouragans dans les Caraïbes en 2017. Stacey Plaskett cherche alors désespérément à obtenir des fonds d’aide d’urgence. Cependant, elle rencontre un obstacle majeur : l’impossibilité de sécuriser une audience avec Chuck Schumer, le chef de la minorité au Sénat, qui pilote le projet de loi de secours.

Selon les informations rapportées par Al Jazeera, l’élue craignait que son territoire ne soit ignoré au profit de Porto Rico. C’est dans cette impasse que son entourage s’est tourné vers Jeffrey Epstein.

La chaîne de sollicitation par e-mail

Les documents montrent qu’Erika Kellerhals, avocate fiscaliste aux Îles Vierges et proche de Plaskett, a écrit à Epstein le 24 janvier 2018. « Nous devons aider Stacey à obtenir une réunion avec Schumer. Des idées ? », interroge-t-elle. La réponse du financier ne se fait pas attendre : « Cela ne devrait pas être un problème, j’ai besoin de connaître la raison et le sujet. »

Une fois informé de la situation — Schumer ne parlant que de Porto Rico et ignorant les appels de Plaskett — Jeffrey Epstein a activé son carnet d’adresses. Il a transféré la demande à Kathy Ruemmler, ancienne conseillère juridique principale de Barack Obama, devenue avocate chez Goldman Sachs.

Dans son message, Epstein écrit : « Schumer pilote le projet de loi de secours pour Porto Rico et les Îles Vierges. La représentante Stacey Plaskett n’a pas réussi à obtenir une réunion confirmée avec lui. Peux-tu aider ? » Mme Ruemmler a répondu qu’elle n’avait pas de relation directe avec le sénateur, mais qu’elle tenterait de joindre son chef de cabinet.

Des liens complexes et controversés

Si les documents ne permettent pas de confirmer que la réunion a eu lieu grâce à cette intervention précise, le Congrès a finalement approuvé des fonds d’urgence pour les Îles Vierges en février 2018. Il n’existe par ailleurs aucune trace publique d’une rencontre ou d’une communication directe entre Chuck Schumer et Jeffrey Epstein.

Ces révélations s’ajoutent à une série de controverses entourant les liens entre Stacey Plaskett et le financier, décédé en prison en 2019. L’élue avait échappé de peu à une censure de la Chambre l’année dernière après des révélations indiquant qu’Epstein l’avait conseillée par SMS lors d’une audition parlementaire. Elle a depuis annoncé avoir fait don à des œuvres caritatives d’une somme équivalente aux contributions de campagne reçues d’Epstein.

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