Une tension diplomatique rare a émergé ces dernières heures entre Londres et Washington. Alors que les relations transatlantiques traversaient déjà une zone de turbulences liée à des menaces commerciales, une déclaration de Donald Trump concernant l’implication des troupes européennes en Afghanistan a provoqué une vive réaction au sommet de l’État britannique. Le Premier ministre Keir Starmer n’a pas hésité à monter au créneau pour rétablir la vérité sur l’engagement des forces alliées.
L’incident trouve sa source dans un entretien accordé par Donald Trump à la chaîne américaine Fox News. L’ancien président américain y a affirmé que les alliés de l’OTAN étaient restés « un peu à l’écart des lignes de front » durant la guerre en Afghanistan. Il a ajouté douter du soutien de l’OTAN envers les États-Unis en cas de nécessité, déclarant : « Nous n’avons jamais eu besoin d’eux, nous ne leur avons jamais vraiment rien demandé ».
La réponse de Londres a été immédiate et particulièrement ferme. Interrogé sur ces propos, Keir Starmer les a qualifiés d’« insultants et franchement épouvantables ». Fait inhabituel dans les relations entre les deux pays, le dirigeant britannique a suggéré que de tels mots méritaient réparation. « Si je m’étais mal exprimé de cette façon ou si j’avais prononcé ces mots, je m’excuserais certainement », a-t-il déclaré, marquant une rupture nette avec la retenue diplomatique habituelle.
Pour appuyer sa réponse, le gouvernement britannique a rappelé la réalité du terrain. Le Royaume-Uni a été le deuxième plus grand contributeur à la coalition dirigée par les États-Unis, avec plus de 150 000 membres des forces armées déployés au fil du conflit. Keir Starmer a rendu hommage aux 457 membres du personnel britannique tombés en Afghanistan après l’invasion de 2001, déclenchée à la suite des attentats du 11 septembre et l’activation de l’article 5 de l’OTAN.
Au-delà du Royaume-Uni, c’est l’ensemble de l’engagement européen qui a été remis en cause par les déclarations de Donald Trump. D’autres nations ont payé un lourd tribut lors de ce conflit, notamment le Canada avec plus de 150 pertes, la France avec 90 soldats tués, ou encore le Danemark qui a perdu 44 hommes. Les États-Unis, pour leur part, ont déploré la perte de plus de 2 400 soldats.
Cette sortie médiatique de Donald Trump intervient dans un contexte déjà tendu, marqué par ses menaces d’imposer des droits de douane aux pays européens opposés à ses ambitions concernant le Groenland. Bien que cette menace commerciale semble s’être apaisée après une rencontre avec le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, les commentaires sur l’Afghanistan ont ravivé l’indignation en Europe.
Le ministre néerlandais des Affaires étrangères, David van Weel, a condamné ces remarques, les jugeant fausses et irrespectueuses. De son côté, le ministre polonais de la Défense, Wladyslaw Kosiniak-Kamysz, a tenu à rappeler que son pays demeurait « un allié fiable et éprouvé ».
Selon les informations relayées par Al Jazeera, le prince Harry, qui a effectué deux missions en Afghanistan avec l’armée britannique, a également pris la parole. Il a souligné que les « sacrifices » des soldats méritaient d’être évoqués « avec vérité et respect », rappelant que des milliers de vies ont été bouleversées et que des familles continuent d’en porter le coût.