Après cinq semaines d’escalade militaire, Washington et Téhéran ont validé une trêve de quatorze jours. Si cet arrêt temporaire des hostilités offre un répit à la région, les tractations autour de la réouverture du passage maritime stratégique provoquent l’alerte des pays voisins.
Mardi soir, à 90 minutes de l’expiration d’un ultimatum fixé par Donald Trump, les États-Unis et l’Iran ont conclu un accord pour suspendre les attaques mutuelles. La condition américaine repose sur la reprise du transit maritime dans le détroit d’Ormuz. Ce point de passage, par lequel transite un cinquième du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondial, était bloqué par l’Iran en réponse aux frappes conjointes américano-israéliennes initiées fin février.
Donald Trump a qualifié de « base de travail » un plan en dix points présenté par Téhéran. Selon les informations relayées par Al Jazeera, l’Iran exige de conserver le contrôle du détroit. Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a précisé que le passage s’effectuera uniquement « en coordination » avec l’armée iranienne. Par ailleurs, le président américain a évoqué la création d’une coentreprise américano-iranienne destinée à instaurer des péages dans le détroit. La Maison Blanche a par la suite précisé que la priorité à court terme reste une réouverture sans aucune restriction, qu’il s’agisse de péages ou d’autres limitations.
Les six pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG) ont accueilli la trêve favorablement tout en exprimant de vives inquiétudes. Des chercheurs cités par le média qatari soulignent la crainte de voir Washington céder une part de contrôle à l’Iran sur le détroit d’Ormuz afin de sécuriser un accord rapide. Pour les pays de la région, laisser ce levier stratégique à la direction iranienne les exposerait à une menace permanente de perturbations et de pressions économiques.
Sur le terrain, la tension militaire n’est pas totalement dissipée. Mercredi, peu après l’annonce de la trêve, des dizaines de missiles et de drones iraniens ont ciblé les Émirats arabes unis, le Koweït, le Qatar et l’Arabie saoudite, et ce malgré les affirmations américaines indiquant avoir détruit 90 % de la capacité de frappe de Téhéran. Sur le plan diplomatique, une résolution parrainée par Bahreïn au Conseil de sécurité de l’ONU, visant à autoriser des missions défensives pour sécuriser le détroit, a été bloquée mardi par les vétos de la Russie et de la Chine.
Les véritables négociations doivent s’ouvrir ce week-end à Islamabad, au Pakistan. Un point de blocage majeur subsiste concernant le programme nucléaire iranien. La présidence américaine maintient son exigence d’un démantèlement total, une option que Téhéran continue de rejeter catégoriquement, se disant uniquement disposé à discuter de certaines limitations.