Une mobilisation citoyenne dès l’aube, héritière d’une tradition de résilience
Dès les premières heures du vendredi 29 mai 2026, des jeunes et riverains de Yoff Dagoudane ont investi les plages, armés de râteaux, brouettes et gants. Les traces de la Tabaski, célébrée la veille, étaient encore visibles : peaux de moutons, cornes, viscères et sachets plastiques jonchaient le sable, rappelant une scène qui se répète chaque année, ici comme à Gorée où les habitants affrontent les mêmes défis d’approvisionnement et de gestion des déchets. Là-bas, la solidarité locale compense tant bien que mal les contraintes économiques, mais les plages finissent toujours par payer le prix de ces célébrations.
Selon lesoleil, cette opération de nettoyage a mobilisé des acteurs communautaires et des membres du Club environnement de Yoff. Pathé Ndoye, un riverain, a souligné l’urgence d’agir : « Chaque année, après la Tabaski, nous sommes confrontés au même problème. Si personne ne se mobilise, les déchets restent plusieurs jours sur la plage, et les vagues les emportent vers la mer. À Gorée comme ici, c’est la même lutte : on nettoie, mais les déchets reviennent toujours. » Les bénévoles ont ciblé plusieurs zones sensibles, dont Tonghor, Ndénatte et Dagoudane, pour rendre les plages à nouveau accessibles, tout en sachant que l’effort devra être renouvelé l’année suivante.
Un enjeu économique et écologique, où la mer paie le prix des traditions
À Yoff, le littoral est une source de revenus essentielle pour des milliers de personnes, notamment les pêcheurs, qui voient leur gagne-pain menacé par l’accumulation des déchets. « La mer est notre richesse, mais elle étouffe sous les peaux de moutons et les plastiques, a déclaré un acteur du secteur de la pêche artisanale, sous couvert d’anonymat. À Gorée, les pêcheurs racontent la même chose : les filets remontent moins de poissons et plus de déchets. On ne peut plus ignorer que nos traditions ont un coût pour l’environnement. »
Mamadou Laye Dièye, membre du Club environnement de Yoff, a insisté sur la nécessité d’une action rapide : « Une peau de mouton abandonnée finit par se décomposer, mais les déchets plastiques restent dans l’environnement pendant des décennies. À Gorée, on voit encore des sachets enterrés dans le sable depuis des années. Si on ne change pas nos habitudes, nos plages ne seront plus qu’un dépotoir à ciel ouvert. » Pour lui, la protection du littoral passe aussi par un changement durable des comportements, au-delà des opérations ponctuelles de nettoyage.
Malgré les efforts des bénévoles, plusieurs habitants estiment que le problème ne pourra être résolu sans une meilleure gestion des déchets de Tabaski. Ils appellent à un renforcement de la sensibilisation et à une implication plus large des populations, comme à Gorée où des initiatives locales tentent de limiter l’impact des célébrations. « On ne peut pas continuer à nettoyer sans agir en amont, a résumé un participant. Si Gorée, avec ses moyens limités, arrive à organiser des collectes avant la fête, pourquoi pas nous ? »