Syrie : Devant la prison d’Aktan, le profil bouleversant d’un détenu recherché qui défie toute logique sécuritaire

Le contrôle de la prison d’Aktan à Rakka a récemment changé de main, passant des forces du YPG/FDS aux autorités syriennes après des négociations complexes. Si ce transfert a permis le déplacement de combattants vers le nord, il a surtout provoqué l’afflux de nombreuses familles locales devant l’établissement pénitentiaire. Dans le froid, elles cherchent des proches disparus, dont les dossiers révèlent parfois des incohérences manifestes quant aux motifs de leur détention.

La situation sécuritaire à Rakka a connu une évolution majeure le 18 janvier dernier. Suite au retrait des éléments du YPG/FDS et au transfert négocié de membres d’organisations terroristes vers la région d’Aïn Al Arab, les forces syriennes ont renforcé le périmètre autour de la prison d’Aktan. Cet établissement, situé à proximité du centre-ville, abritait non seulement des combattants, mais aussi des habitants locaux arrêtés pour leur opposition à l’occupation ou sur la base de soupçons divers. C’est devant ces grilles que se joue désormais un drame humain silencieux.

**Une accusation de terrorisme contre un aveugle de naissance**

Parmi la foule qui brave les températures hivernales figure Yasir el-Idjil. Lui-même aveugle de naissance, il attend des nouvelles de son frère aîné, Abdulmedjid el-Idjil. Selon les témoignages recueillis sur place par l’agence Anadolu, la situation de ce détenu soulève des interrogations sur le bien-fondé des arrestations menées dans la région.

Abdulmedjid, également aveugle de naissance, a disparu il y a neuf mois alors qu’il travaillait sur un étal ambulant à El Bab pour subvenir aux besoins de sa famille. Après de longues recherches infructueuses auprès de son voisinage et sur son lieu de travail, ses proches ont fini par apprendre son transfert à la prison d’Aktan. Les motifs invoqués par les autorités pour justifier cette détention contrastent radicalement avec la réalité physique de l’homme.

« On nous a avancé des accusations fabriquées, évoquant des liens avec le terrorisme et une coopération avec des éléments extérieurs », explique Yasir el-Idjil. La famille a tenté à maintes reprises de prouver le caractère héréditaire du handicap visuel de la fratrie auprès des responsables locaux, sans succès. Leur père, malgré son âge avancé, a été éconduit lors de ses tentatives de médiation. « Mon frère est calme et sans histoires. Nous ne demandons que justice », insiste Yasir, déterminé à ne pas quitter les lieux sans réponse.

**Des familles face à l’incertitude et aux allégations de torture**

Le cas des frères el-Idjil n’est pas isolé. Houssein Ubeid est également présent devant l’établissement pénitentiaire, cherchant la trace de son fils Mustafa, arrêté il y a deux ans alors qu’il n’avait que 18 ans. Les charges retenues contre le jeune homme incluent une supposée collaboration avec les services de sécurité turcs, des accusations que le père rejette catégoriquement.

Selon Houssein Ubeid, son fils aurait subi des sévices graves durant sa détention. « Mon fils est devenu méconnaissable à cause des tortures et des mauvais traitements », rapporte-t-il, précisant que l’état de santé du jeune homme serait tel que certaines institutions auraient refusé de le prendre en charge. L’angoisse de la famille est amplifiée par la circulation d’informations contradictoires : certaines rumeurs annoncent sa libération, d’autres son maintien en détention, sans qu’aucune preuve de vie fiable ne soit fournie depuis deux ans.

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