Syrie : Derrière les murs de la prison d’Aktan, le dispositif de mise en scène que le YPG a imposé aux mineurs capturés

La reprise récente de territoires par l’armée syrienne a permis de lever le voile sur la réalité du système carcéral mis en place par l’organisation YPG dans la région de Raqqa. Alors que ce groupe affichait une posture de lutte contre Daech, les témoignages recueillis sur place par l’agence Anadolu auprès de jeunes rescapés décrivent un mode opératoire qui emprunte directement aux méthodes de l’organisation terroriste qu’ils prétendaient combattre.

C’est à la faveur de la libération de la prison d’Aktan que ces récits ont émergé. Une équipe d’Anadolu a pu rencontrer plusieurs mineurs, dont Moussa Mohammed Hasan, 17 ans, et son frère Leys, 16 ans. Leur détention, survenue le 3 janvier 2026, fait suite à un incident mineur : un cousin avait brandi un drapeau près de leur domicile à Raqqa et partagé l’image sur les réseaux sociaux. Cette action a déclenché une descente punitive des militants du YPG, conduisant à l’enlèvement des hommes et des adolescents de la famille.

p>Un système de détention fondé sur la torture physique et psychologique

Selon les déclarations de Moussa Mohammed Hasan, le transfert vers la prison d’Aktan a marqué le début d’une série de sévices méthodiques. L’adolescent décrit des interrogatoires violents où la torture physique — suspension par les bras, coups répétés — se doublait de privations sensorielles et alimentaires. Les détenus étaient maintenus dans le noir, privés d’eau et de nourriture pendant plusieurs jours, l’électricité étant coupée dans les cellules.

Au-delà des violences physiques, les geôliers imposaient des contraintes religieuses strictes visant à humilier les captifs. « Prier ou faire la prière était interdit », rapporte le jeune homme, précisant que lorsqu’ils étaient finalement autorisés à prier, ils étaient contraints d’orienter leurs prières vers les toilettes.

La mise en scène forcée : l’assimilation aux terroristes

Le point le plus saillant du témoignage concerne la mise en scène orchestrée par le YPG pour fabriquer des preuves. Moussa explique avoir été forcé de revêtir la combinaison orange, tenue tristement emblématique des prisonniers exécutés par Daech. Sous la menace de nouvelles tortures, les militants du YPG l’ont filmé sous la lumière de projecteurs, lui dictant des aveux fabriqués de toutes pièces.

« Ils frappent dans des zones spécifiques du corps. On finit par avouer des choses qu’on n’a pas faites », explique l’adolescent. Cette stratégie visait apparemment à documenter de fausses appartenances terroristes parmi la population locale capturée.

Libération et déminage

La fin du calvaire est intervenue avec l’arrivée des troupes gouvernementales syriennes. Leys, le frère cadet âgé de 16 ans, qui communiquait avec Moussa en tapant sur les parois des cellules, décrit la libération comme un moment inespéré, craignant initialement que leur détention ne dure « cinq ou dix ans ». Les soldats syriens ont dû procéder à une opération de déminage d’environ deux heures autour de la zone carcérale avant de pouvoir extraire et séparer les mineurs des autres détenus pour assurer leur sécurité.

Halid Mohammed Mustafa, le cousin à l’origine de l’incident du drapeau, qui s’était caché à Azez, a confirmé que ces arrestations visaient collectivement la famille en représailles à son acte.

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