Depuis l’opération militaire américaine du 3 janvier ayant conduit au départ forcé de Nicolas Maduro, le Venezuela traverse une période de transition complexe sous la présidence par intérim de Delcy Rodriguez. Alors que la communauté internationale et une partie de l’opposition s’attendaient à la mise en place rapide d’un nouveau calendrier électoral pour légitimer l’exécutif, le pouvoir législatif vient de clarifier sa feuille de route. Une stratégie qui place la reconstruction institutionnelle bien avant le retour aux urnes, repoussant de fait l’échéance attendue.
C’est une douche froide pour ceux qui espéraient une consultation démocratique rapide à Caracas. Jorge Rodriguez, président de l’Assemblée nationale, a formellement exclu la tenue d’élections présidentielles dans un avenir proche. S’exprimant lors d’un entretien accordé au média américain Newsmax, le chef du parlement a indiqué que la priorité absolue du gouvernement actuel n’était pas le scrutin, mais la « stabilité nationale ».
La « ré-institutionnalisation » comme préalable non négociable
Interrogé sur la possibilité de voir un vote s’organiser avant la fin théorique du mandat de six ans — la dernière élection controversée datant de 2024 —, Jorge Rodriguez a été catégorique. « La seule chose que je peux dire, c’est qu’il n’y aura pas d’élection dans cette période immédiate où la stabilisation doit être réalisée », a-t-il déclaré. Pour le dirigeant, le pays doit d’abord passer par un processus de « ré-institutionnalisation » visant à redonner pleine puissance et reconnaissance aux organes de l’État.
Cette position s’aligne sur la ligne directrice du gouvernement intérimaire dirigé par sa sœur, Delcy Rodriguez, installée au pouvoir par la Cour suprême avec le soutien de l’armée et des États-Unis après l’extraction de Nicolas Maduro. Selon nos sources, citant Al Jazeera, l’objectif affiché est de « réconcilier toute la population » avant d’envisager une compétition électorale. Jorge Rodriguez précise qu’un accord avec « tous les secteurs de l’opposition » sera nécessaire pour établir un calendrier, mais sans fixer de date.
Une loi d’amnistie sous tension
Pour tenter d’apaiser le climat politique, le législateur mise sur une loi d’amnistie générale, déjà approuvée en première lecture. Ce texte prévoit la libération des prisonniers politiques et l’effacement des crimes liés à la dissidence depuis 1999. Toutefois, le périmètre de cette amnistie reste un point de friction majeur. Le président de l’Assemblée a souligné que la mesure ne s’appliquerait pas aux secteurs de l’opposition accusés de crimes violents ou ayant « promu la violence » depuis l’étranger.
Cette restriction inquiète l’opposition, qui craint que les accusations de violence ne soient instrumentalisées pour exclure certaines figures clés. Maria Corina Machado, figure de l’opposition, a vivement réagi, s’interrogeant sur la liberté réelle des personnes relâchées. « Ne peut-on pas raconter ce qu’ils ont vécu ? Ne peut-on pas décrire l’horreur de ce qui se passe dans notre pays aujourd’hui ? », a-t-elle lancé, remettant en cause la sincérité du processus de normalisation.
Le cas Juan Pablo Guanipa sème le doute
Les inquiétudes de l’opposition trouvent un écho dans l’actualité récente avec le cas de l’ancien député Juan Pablo Guanipa. Libéré dimanche après huit mois de détention provisoire, il a été de nouveau arrêté moins de douze heures plus tard, après s’être exprimé devant les médias. Les autorités ont justifié cette mesure par le non-respect des conditions de sa libération.
Transféré à son domicile de Maracaibo où il est désormais assigné à résidence, Guanipa est devenu pour ses partisans le symbole des limites de l’ouverture prônée par le gouvernement. Pour Maria Corina Machado, cet épisode démontre que les libérations annoncées ne garantissent pas le plein exercice des droits civils et politiques, jetant une ombre sur la volonté réelle de réconciliation affichée par le clan Rodriguez.