C’est une première prise de parole publique très attendue qui s’est déroulée dans une atmosphère électrique au Capitole. Jack Smith, l’ancien procureur spécial chargé des investigations sur Donald Trump, a comparu jeudi devant la commission judiciaire de la Chambre des représentants. Dans un contexte politique marqué par l’abandon des poursuites fédérales suite à la réélection de l’ancien président, ce face-à-face avec les élus américains a permis de lever le voile sur les fondements juridiques et factuels qui avaient motivé les deux inculpations majeures portées contre le chef de l’État.
L’audition, rapportée par Al Jazeera, visait officiellement à examiner les méthodes d’investigation du procureur, mais elle s’est rapidement transformée en un champ de bataille partisan entre démocrates et républicains sur l’indépendance de la justice.
**Une décision fondée sur la matérialité des preuves**
Au cœur des échanges, Jack Smith a tenu à réaffirmer l’impartialité de sa démarche. L’ancien procureur, qui a démissionné en janvier 2025 juste avant l’investiture de Donald Trump, a insisté sur le fait que ses décisions n’avaient été dictées par aucune considération politique vis-à-vis de l’administration Biden ou de la campagne de 2024.
Selon lui, la décision d’inculper Donald Trump pour tentative de subversion électorale et rétention de documents classifiés reposait sur une base strictement légale. « Le président Trump a été inculpé parce que les preuves ont établi qu’il avait volontairement enfreint la loi, ces mêmes lois qu’il avait prêté serment de faire respecter », a-t-il déclaré devant la commission. Il a précisé qu’il reprendrait exactement les mêmes décisions aujourd’hui si les faits lui étaient présentés, quelle que soit l’étiquette politique du mis en cause.
**Tensions extrêmes et accusations de partialité**
La séance a été ponctuée d’attaques virulentes de la part des élus républicains. Darrell Issa, représentant de la Californie, a tenté d’établir un parallèle entre les actions de Smith et les hommes de main de Richard Nixon, l’accusant d’être le bras armé des ennemis politiques de Joe Biden. À la question de savoir s’il était l’instrument du camp adverse, Jack Smith a répondu par un « non » laconique.
Les débats se sont également cristallisés sur la question du premier amendement. Les républicains ont soutenu que les fausses déclarations de Donald Trump sur l’élection de 2020 relevaient de la liberté d’expression. L’acte d’accusation initial, défendu par Smith, allait pourtant plus loin, alléguant que l’ancien président ne s’était pas contenté d’exprimer une opinion, mais avait activement tenté de recruter de « faux grands électeurs » et de faire pression sur des officiels pour rejeter les résultats du scrutin.
**La réaction immédiate de Donald Trump**em
Alors que les échanges se poursuivaient dans l’enceinte du Congrès, Donald Trump a réagi en direct via sa plateforme Truth Social. L’actuel président a qualifié Jack Smith d’« animal dérangé » et s’est félicité de voir le procureur « décimé » par les questions des républicains. Il a par ailleurs suggéré que Smith devrait être radié du barreau, voire poursuivi, qualifiant l’ensemble de l’affaire d’« escroquerie démocrate ».
De leur côté, les démocrates, par la voix d’Eric Swalwell, ont salué l’intégrité du procureur, soulignant l’hypocrisie de leurs collègues républicains concernant l’attaque du Capitole du 6 janvier 2021. Jack Smith, qui se trouvait en Europe pour le tribunal de La Haye au moment de ces événements, a confié avoir été choqué par des images qu’il n’aurait jamais pensé voir aux États-Unis.
L’ex-procureur a conclu son intervention par une mise en garde sur la fragilité des institutions, rappelant après trente ans de service public que « l’État de droit ne s’applique pas de lui-même » et qu’il dépend de l’engagement collectif à le faire respecter.