Face à l’augmentation des coûts de production sur leur marché domestique et à la pression concurrentielle exercée par la Chine, les industriels turcs du textile réorganisent leur dispositif d’exportation. Dans une démarche visant à préserver leur proximité avec les donneurs d’ordre européens, les acteurs majeurs du secteur renforcent leur présence en Afrique du Nord. Après avoir consolidé leurs positions en Égypte et au Maroc, ils concrétisent désormais leur stratégie en Tunisie par des investissements directs visant à créer un axe de production régional cohérent.
Selon les informations rapportées par l’agence Anadolu, cette réorientation stratégique prend une forme concrète avec l’annonce faite par Mustafa Denizer, président du Conseil d’affaires Türkiye-Égypte. Ce dernier a confirmé l’acquisition d’un premier bâtiment industriel en Tunisie, marquant le début d’une série d’implantations. « Si tout va bien, il sera opérationnel d’ici la fin de l’année », a-t-il précisé, soulignant que cette première unité a vocation à servir de modèle pour encourager d’autres investisseurs turcs à suivre le mouvement.
L’objectif affiché est de maintenir la compétitivité de la Turquie sur le marché européen en s’appuyant sur une chaîne de valeur régionale. Mustafa Denizer a insisté sur l’importance vitale de cet axe géographique : « Les pays qui vendent à l’Europe sont le Maroc, la Tunisie, l’Égypte et la Türkiye. Si nous perdons cet axe, les commandes partiront vers l’Extrême-Orient pour ne plus revenir. » Cette vision d’un « corridor d’investissement » est partagée par Ahmet Oksuz, président de l’Association des exportateurs de textiles d’Istanbul, qui plaide pour des bases de production complémentaires au Maghreb sans pour autant délaisser les sièges sociaux en Turquie.
Cette dynamique trouve un écho favorable au niveau local, notamment à Sfax, pôle industriel majeur. La ville a récemment accueilli l’ambassadeur de Turquie en Tunisie, Ahmet Misbah Demircan, pour discuter du renforcement des partenariats dans les industries manufacturières. À cette occasion, la création d’un « International Business Center » a été évoquée pour faciliter la coordination entre les acteurs économiques des deux pays.
Du côté tunisien, la filière se prépare à accueillir ces flux de capitaux. Haythem Bouajila, président de la Fédération tunisienne du textile et de l’habillement (FTTH), estime que le secteur dispose du potentiel pour augmenter ses exportations de 50 % d’ici cinq ans, à condition d’améliorer le climat des affaires. Le secteur textile demeure un pilier de l’économie tunisienne, représentant 5,5 % du PIB et employant près de 160 000 personnes, avec des exportations ayant atteint 3 milliards d’euros en 2024.