C’est un tournant diplomatique majeur qui doit se concrétiser ce jeudi à Davos, en Suisse. En marge du Forum économique mondial, les États-Unis s’apprêtent à officialiser le lancement du « Conseil de la paix » (Board of Peace), une nouvelle structure internationale portée par l’administration Trump. Présentée initialement comme une réponse à la crise à Gaza, cette initiative révèle désormais des ambitions bien plus larges, susceptibles de redessiner l’architecture mondiale de la gestion des conflits.
Selon les informations rapportées par Al Jazeera, ce projet ne vise plus seulement la reconstruction de l’enclave palestinienne, mais entend proposer une alternative directe aux institutions existantes, jugées inefficaces par Washington.
**Une charte qui surprend par ses omissions**
Le glissement sémantique est notable. Alors que ce conseil avait été introduit l’année dernière avec un mandat spécifique du Conseil de sécurité de l’ONU pour gérer l’après-guerre à Gaza, sa charte officielle, consultée par nos confrères, ne mentionne plus une seule fois le terme « Gaza ». Le document de 11 pages propose plutôt un mandat vaste visant à « promouvoir la stabilité » et « sécuriser une paix durable » à l’échelle globale.
La gouvernance de cette entité repose sur une hiérarchie stricte. Donald Trump en assurera la présidence avec un droit de veto sur les décisions clés. Il sera épaulé par un conseil exécutif comprenant des figures comme l’ancien Premier ministre britannique Tony Blair, le secrétaire d’État Marco Rubio et son gendre, Jared Kushner.
**Un siège permanent contre un milliard de dollars**
L’aspect le plus singulier de cette organisation réside dans ses critères d’adhésion. Si les mandats sont généralement limités à trois ans, une clause spécifique permet de contourner cette règle : tout État contribuant à hauteur de plus d’un milliard de dollars dès la première année se verra octroyer un siège permanent. Une approche transactionnelle qui rompt avec les usages diplomatiques traditionnels.
Cette barrière à l’entrée, ou « droit d’influence », dessine déjà les contours des futurs membres influents. Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a confirmé la participation de son pays, malgré le mandat d’arrêt émis contre lui par la Cour Pénale Internationale (CPI). Du côté du monde musulman, le Pakistan, l’Égypte, le Maroc et les Émirats arabes unis ont également répondu favorablement à l’invitation.
**L’Europe divisée, l’ONU contournée**
Cette initiative suscite une méfiance palpable en Europe. La France, le Danemark, la Norvège et la Suède ont d’ores et déjà décliné l’invitation, percevant ce conseil comme une tentative d’affaiblir, voire de remplacer les Nations Unies. D’autres alliés historiques de Washington, comme le Royaume-Uni et l’Allemagne, n’ont pas encore arrêté leur décision.
Donald Trump ne cache d’ailleurs pas sa défiance envers l’institution new-yorkaise. « J’aimerais que les Nations Unies puissent en faire plus. J’aimerais que nous n’ayons pas besoin d’un conseil de la paix, mais les Nations Unies ne m’ont jamais aidé sur une seule guerre », a-t-il déclaré mardi à la Maison Blanche.
Pour les observateurs, le risque est de voir l’ONU transformée en simple prestataire de services, tandis que les décisions stratégiques se déplaceraient vers cette nouvelle structure ad hoc, pilotée directement par les puissances capables de payer leur ticket d’entrée.