Royaume-Uni : La justice casse l’interdiction de Palestine Action et renvoie la ministre à ce passé encombrant

La stratégie du gouvernement britannique visant à qualifier les militants du groupe Palestine Action de « terroristes » vient de se heurter à un obstacle juridique majeur. La Haute Cour de Londres a jugé l’interdiction du groupe « illégale » et « disproportionnée », plongeant le ministère de l’Intérieur dans une crise de crédibilité décrite par les observateurs comme un « vide moral et juridique ».

Selon les informations rapportées par l’agence Anadolu, cette décision judiciaire intervient alors que l’exécutif tente de maintenir une ligne dure face aux actions directes ciblant les entreprises liées à l’industrie de l’armement israélien. Tim Crosland, ancien juriste gouvernemental et cofondateur de Defend Our Juries, estime que les justifications sécuritaires de l’interdiction s’effondrent sous l’examen des magistrats, laissant les militants dans une incertitude juridique totale.

Au cœur de cette débâcle politique figure la ministre de l’Intérieur, Shabana Mahmood. Architecte de la répression actuelle et déterminée à faire appel, elle se voit confrontée à ses propres actions passées. En 2014, Mme Mahmood avait participé à une manifestation dans un supermarché de Birmingham appelant au boycott de produits issus des territoires occupés, qualifiant alors l’action directe de nécessaire pour « faire la différence ». Ce revirement est qualifié d’ironie « extraordinaire » par les défenseurs des libertés civiles.

Sur le terrain, les conséquences de cette politique sont chiffrées. Depuis l’entrée en vigueur de la législation contestée le 5 juillet dernier, 2 787 personnes ont été arrêtées. Les détentions provisoires s’allongent, atteignant parfois 17 mois, bien au-delà de la limite légale habituelle. Tim Crosland souligne que des citoyens perdent leur emploi ou se voient refuser des visas pour avoir simplement tenu une pancarte, le cadre antiterroriste étant appliqué avant même tout jugement.

La position du gouvernement est également fragilisée par les jurys populaires. Lors du récent procès concernant l’intrusion dans l’usine Elbit Systems à Filton, les jurés ont refusé de condamner les militants, même pour des charges mineures de dommages criminels, malgré les preuves matérielles présentées. Jonathan Hall KC, réviseur indépendant de la législation antiterroriste, a par ailleurs rejeté les allégations gouvernementales suggérant un financement iranien, qualifiant ces insinuations de « fumée et miroirs ».

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