Une vive tension s’est installée samedi soir aux abords de la prison de Wormwood Scrubs, dans l’ouest de Londres. Ce qui devait être un rassemblement de solidarité envers un détenu dont l’état de santé inquiète ses proches s’est transformé en une opération de maintien de l’ordre d’une ampleur notable. Les forces de l’ordre sont intervenues pour disperser les manifestants, invoquant des infractions spécifiques liées à l’occupation des lieux.
Selon les données communiquées par la police métropolitaine et relayées par Al Jazeera, quatre-vingt-six personnes ont été interpellées lors de cet événement. Les autorités justifient cette vague d’arrestations par des soupçons de « violation de propriété aggravée ». La police affirme que les manifestants ont refusé d’évacuer le site malgré les ordres reçus, certains ayant bloqué l’accès du personnel pénitentiaire, tandis que d’autres auraient réussi à pénétrer dans une zone d’entrée réservée aux employés.
Le rassemblement visait à soutenir Umer Khalid, un activiste pro-palestinien de 22 ans détenu dans cet établissement. Le jeune homme observe une grève de la faim depuis seize jours. Sa situation a pris une tournure critique samedi, date à laquelle il avait annoncé, selon des propos rapportés par notre source, son intention de cesser également de s’hydrater. Sa mère, Shabana Khalid, a indiqué que son fils faisait l’objet d’une surveillance médicale horaire, un gardien étant posté en permanence devant sa cellule pour parer à toute urgence vitale.
Les circonstances de l’intervention policière font l’objet de versions contrastées. Si la police évoque des menaces proférées contre ses agents, des vidéos de l’incident vérifiées par Al Jazeera montrent des officiers plaquant des manifestants au sol et procédant à des menottages. Les images révèlent également l’utilisation de la technique du « kettling » (nassage), consistant à encercler un groupe de manifestants pour restreindre leurs mouvements avant de procéder aux interpellations.
L’incarcération d’Umer Khalid s’inscrit dans un dossier judiciaire plus large concernant le groupe Palestine Action. Il fait partie des cinq militants accusés d’avoir pénétré par effraction dans la base aérienne de Brize Norton, dans l’Oxfordshire, en juin dernier, pour y asperger de peinture deux avions militaires. Le groupe a plaidé non coupable. Depuis, le gouvernement britannique a durci sa position, interdisant Palestine Action en vertu des lois antiterroristes, une décision contestée devant les tribunaux et critiquée par les Nations Unies.
Ce mouvement de grève de la faim ne se limite pas au cas de Khalid. Sept autres militants ont participé à des actions similaires depuis novembre. Trois d’entre eux ont récemment mis fin à leur protestation, estimant avoir obtenu gain de cause après qu’une filiale de l’entreprise d’armement israélienne Elbit Systems s’est vu refuser un contrat gouvernemental britannique. Pour les détenus restants, les revendications portent notamment sur l’accès à une libération sous caution et la levée de ce qu’ils qualifient de censure carcérale concernant leur courrier et leurs droits de visite.