Royaume-Uni : après la publication de fichiers liant son ex-ambassadeur à Epstein, la rare démarche de contrition effectuée par Keir Starmer

Le Premier ministre britannique fait face à une tempête politique ravivée par les ombres de l’affaire Epstein. Alors que la nomination de Peter Mandelson au poste d’ambassadeur aux États-Unis avait déjà suscité des remous avant son limogeage, de nouveaux documents judiciaires viennent d’alourdir le dossier. Ce jeudi, depuis le sud de l’Angleterre, Keir Starmer a dû rompre avec la réserve habituelle pour s’adresser directement aux victimes du financier américain.

**Une ignorance plaidée face à la « noirceur » des faits**

Dans une allocution solennelle, le chef du gouvernement britannique a présenté des excuses officielles pour avoir placé sa confiance en Peter Mandelson. Si les liens entre ce dernier et Jeffrey Epstein étaient connus du public, leur nature exacte restait, selon Keir Starmer, insoupçonnée au moment de la nomination en décembre 2024.

« Il était publiquement connu depuis un certain temps que Mandelson connaissait Epstein, mais aucun d’entre nous ne connaissait la profondeur et la noirceur de cette relation », a déclaré le Premier ministre. S’adressant aux victimes, il a exprimé ses regrets pour « ce qui vous a été fait » et pour avoir « cru aux mensonges de Mandelson ».

**Des fichiers accablants dévoilés par la justice américaine**

Ce retournement de situation fait suite à la publication, la semaine dernière, de dossiers par le ministère américain de la Justice. Ces documents, relayés par Al Jazeera, révèlent des détails inédits sur la proximité entre le diplomate déchu et le délinquant sexuel. Les fichiers suggèrent notamment que Peter Mandelson aurait divulgué des documents gouvernementaux à Jeffrey Epstein. Plus compromettant encore, des traces de paiements effectués par Epstein au profit de Mandelson ou de son conjoint actuel ont été mises au jour.

Actuellement visé par une enquête policière pour suspicion de faute dans l’exercice de ses fonctions, l’ex-ambassadeur nie avoir reçu des paiements et garde le silence sur les accusations de fuites de documents.

**Une pression politique grandissante**

Bien que Keir Starmer ait limogé Peter Mandelson en septembre dernier suite à de premières révélations sur des courriels échangés après la condamnation d’Epstein en 2008, l’affaire continue de fragiliser l’exécutif. La question du jugement personnel du Premier ministre est désormais posée, y compris au sein de son propre camp.

Rory Challands, correspondant d’Al Jazeera à Londres, note que la situation devient « très dangereuse » pour Keir Starmer, dont la popularité est déjà en baisse dans les sondages. Toutefois, une démission immédiate ne semble pas à l’ordre du jour, faute de défections majeures au sein du cabinet ministériel. Pour l’heure, le Premier ministre a indiqué ne pas pouvoir divulguer les avis de vérification reçus lors de la nomination, invoquant une demande de la police pour ne pas nuire à l’enquête en cours.

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