Royaume-Uni : 18 personnes arrêtées devant Scotland Yard en vertu d’une législation désavouée par la justice

La stratégie de maintien de l’ordre dans la capitale britannique connaît un nouveau développement. Samedi, les forces de sécurité londoniennes ont procédé à une série d’interpellations devant leur propre quartier général, marquant la reprise d’une politique d’arrestations qui avait été temporairement suspendue à la suite d’une décision de justice.

Dix-huit sympathisants du collectif Palestine Action ont été arrêtés sur les marches de New Scotland Yard, le siège de la Metropolitan Police (Met). Ces personnes tenaient des pancartes sur lesquelles on pouvait lire : « Je m’oppose au génocide. Je soutiens Palestine Action ». Les forces de l’ordre ont justifié ces interpellations en s’appuyant sur la législation antiterroriste en vigueur au Royaume-Uni.

Cette intervention constitue un revirement par rapport aux engagements récents de la police. En février, la Haute Cour britannique avait jugé illégale l’interdiction de Palestine Action en tant que « groupe terroriste », qualifiant cette mesure de disproportionnée et contraire à la liberté d’expression. À la suite de ce verdict, la Met avait annoncé l’adoption d’une approche mesurée, s’engageant à cesser les arrestations des sympathisants pour se concentrer uniquement sur la collecte de preuves.

La reprise des arrestations a été actée mercredi par le commissaire adjoint James Harman. Ce dernier a précisé que les effets du jugement de la Haute Cour ne s’appliqueraient qu’une fois l’appel du gouvernement examiné, un processus qui pourrait prendre plusieurs mois. Le gouvernement britannique avait initialement classé Palestine Action comme organisation terroriste en juillet 2025. La ministre de l’Intérieur, Shabana Mahmood, a maintenu sa volonté de contester la décision de la Haute Cour devant la Cour d’appel, affirmant que le soutien à ce groupe de ciblage des fabricants d’armes ne devait pas être confondu avec le soutien à la cause palestinienne.

L’ampleur des interpellations liées à ce dossier est documentée par le groupe Defend Our Juries, qui recense près de 3 000 personnes arrêtées pour avoir brandi des pancartes en soutien à l’organisation. Cette situation a contribué à une augmentation de 660 % des arrestations pour « terrorisme » au Royaume-Uni sur l’année s’achevant en septembre 2025. Le jour même de la décision de la Haute Cour, environ 150 personnes avaient pourtant brandi des pancartes identiques devant le tribunal sans qu’aucune arrestation ne soit effectuée.

La gestion de ces manifestations a engendré des réactions à l’échelle internationale. Le Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, Volker Turk, a mis en garde contre la criminalisation de l’exercice légitime de la liberté d’expression. Aux États-Unis, la sous-secrétaire à la diplomatie publique, Sarah Rogers, a estimé que la censure de ces discours causait davantage de tort que de bien. Amnesty International a également souligné que des milliers de personnes étaient arrêtées pour des actes qui ne devraient pas constituer un délit.

Sur le plan judiciaire, le magistrat en chef Paul Goldspring a ordonné la suspension de centaines de poursuites liées à cette affaire jusqu’à ce que l’audience d’appel du gouvernement soit tenue. Par ailleurs, les conditions de détention des militants incarcérés font l’objet de procédures. Huit d’entre eux ont mené une longue grève de la faim en prison, et quatre sont restés en détention provisoire pendant 15 mois avant d’être libérés sous caution en février. Selon la chaîne Al Jazeera, d’anciens détenus ont récemment entamé des poursuites judiciaires contre l’administration pénitentiaire pour des allégations de mauvais traitements.

En marge de ces événements, le collectif Defend Our Juries a convoqué un rassemblement massif prévu le 11 avril à Trafalgar Square. Les arrestations de ce samedi se sont déroulées alors que Londres accueillait simultanément d’importantes manifestations contre l’extrême droite.

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Un commentaire

  1. Le Parti Travailliste est au plus bas dans les sondages. Faisant pire que ses prédécesseurs, le Labour enchaîne les revers, perdant élection locale après élection. Ce recul démocratique, orchestré pour décourager toute contestation, est sans précédent et rappelle tristement les arrestations de masse de l’ère Macky Sall. À la seule différence que le pays demeure, en théorie, un État de droit. Pourtant, voir des retraités et des membres du clergé arrêtés et jetés en prison pour avoir simplement brandi une pancarte est une dérive proprement hallucinante. Comme pour dire que les politiciens sont les mêmes qu’ils soient noirs ou blancs.

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