Le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, a livré une analyse détaillée des perspectives géopolitiques régionales à l’aune du retour de Donald Trump à la Maison Blanche. Lors d’un entretien accordé à l’agence Anadolu, le chef de la diplomatie d’Ankara a abordé les leviers dont dispose Washington pour influencer le conflit à Gaza, ainsi que la position turque face aux tensions avec l’Iran.
Interrogé dans l’émission « On the Record », Hakan Fidan a estimé que le nouveau président américain détient une capacité d’action singulière vis-à-vis de l’État hébreu. Selon l’analyse développée par le ministre, Donald Trump serait actuellement la seule figure politique internationale en mesure d’exercer une pression effective sur le gouvernement israélien pour obtenir un arrêt des opérations militaires.
Cette capacité reposerait, d’après Hakan Fidan, sur une indépendance structurelle vis-à-vis des groupes d’influence traditionnels. « Nous pensons que Trump n’est dépendant d’aucun objectif de différents lobbies », a-t-il expliqué, soulignant que cette liberté politique lui permettrait, s’il en manifeste la volonté, de « réfléchir librement et agir de façon indépendante » pour mettre un terme au « mauvais comportement d’Israël ».
Sur le plan opérationnel, la Turquie a réitéré sa disponibilité à contribuer concrètement à une solution de paix. Le ministre a rappelé la position du président Recep Tayyip Erdogan, confirmant qu’Ankara serait disposée à intégrer une force internationale de stabilisation à Gaza. Ce déploiement reste toutefois conditionné à l’obtention d’un consensus au sein de la communauté internationale et à des discussions élargies.
**Mise en garde sur le dossier iranien**
Au-delà du cas israélo-palestinien, l’entretien a porté sur les risques d’escalade avec l’Iran. Hakan Fidan a formulé une recommandation explicite à l’attention de l’administration américaine concernant toute velléité d’intervention directe. « Je conseillerais à mes amis américains : “Ne le faites pas” », a-t-il déclaré, arguant que la pression exercée par les sanctions économiques actuelles est déjà considérable et suscite des mouvements de protestation au sein de la population iranienne.
Pour la diplomatie turque, la stabilité de ce voisin majeur est cruciale pour l’ensemble de la région. Hakan Fidan a averti que si Téhéran se sentait acculé sans issue diplomatique, le pays pourrait se préparer à un « scénario catastrophe ». Ankara privilégie donc la voie du dialogue pour régler les différends entre l’Iran et la communauté internationale, estimant que le régime iranien reçoit déjà les messages nécessaires via les difficultés économiques internes.
**Changement de paradigme en Syrie et relations avec l’UE**
L’analyse s’est également portée sur la politique américaine en Syrie. Le ministre turc a salué ce qu’il perçoit comme une « correction majeure » opérée par Donald Trump par rapport à la stratégie de l’ère Obama. Ankara reprochait de longue date aux États-Unis leur collaboration avec les YPG/PKK dans la lutte contre Daech. Pour Hakan Fidan, un membre de l’OTAN ne saurait soutenir une organisation considérée comme terroriste et hostile à un autre pays allié.
Concernant les relations avec l’Europe, le constat se veut plus froid. L’adhésion de la Turquie à l’Union européenne reste bloquée, selon le ministre, par une approche « fondée sur l’identité » de la part du bloc européen. Il a regretté que l’UE n’ait pas réussi à devenir une institution « trans-civilisationnelle », mettant en avant les différences religieuses plutôt que les intérêts stratégiques communs, notamment en matière de sécurité où la coopération est jugée insuffisante.