Réputé rebelle et iconoclaste, le rôle éducatif central que des universitaires assignent désormais aux textes de Souleymane Faye

L’amphithéâtre de la Faculté des Sciences et Technologies de l’Education et de la Formation (FASTEF) a servi de cadre, ce vendredi 23 janvier 2026, à une rencontre d’un genre particulier. Alors que l’artiste Souleymane Faye célèbre un demi-siècle de présence scénique, le monde universitaire a choisi de se pencher sur sa production sous un angle rigoureusement scientifique. Ce colloque international marque une rupture dans l’approche traditionnelle des figures musicales sénégalaises, transformant ce qui est perçu comme du divertissement en objet d’étude académique.

Organisée par le Groupe de recherche sur les expressions culturelles et contemporaines (GRECC), cette rencontre placée sous le thème « 50 ans de création : entre musique et société » mobilise, durant deux jours, un panel varié d’experts. Universitaires, linguistes, sociologues et philosophes dissèquent une œuvre dense, cherchant à démontrer que la discographie de Souleymane Faye dépasse la simple performance artistique pour constituer un espace de production de savoirs.

Selon les informations rapportées par Sud Quotidien, cette démarche vise à revaloriser le statut de l’artiste dans la société. Le Pr Mamadou Dramé, coordonnateur du GRECC, soutient que la musique de Souleymane Faye, loin de se limiter à des mélodies, s’appuie sur des textes d’une grande portée intellectuelle. Pour cet universitaire, il est temps d’intégrer ces productions dans la refondation des curricula, considérant les artistes de cette trempe comme des intellectuels à part entière. « Chanter, c’est aussi éduquer », a-t-il précisé, mettant en exergue les valeurs linguistiques et historiques véhiculées par l’artiste.

La dimension philosophique de l’œuvre a également été relevée par les autorités présentes. Le Pr Bacary Sarr, représentant le ministère de la Culture, a qualifié Souleymane Faye de « veilleur » et de « philosophe populaire ». Son esthétique, souvent jugée dérangeante ou iconoclaste, interroge en réalité les contradictions contemporaines et la morale sociale. Cette capacité à questionner la marginalité et l’éthique confère à ses textes une fonction critique essentielle.

Au nom du Recteur de l’UCAD, le Pr Babacar Mbaye a confirmé cette volonté de bâtir des ponts entre le savoir académique et le savoir culturel. En étudiant ces 50 années de création, l’université ne célèbre pas uniquement un homme, mais analyse une véritable matrice intellectuelle. Ce colloque réaffirme ainsi que l’engagement social et la richesse linguistique de Souleymane Faye en font un sujet scientifique majeur, indispensable à la compréhension de la société sénégalaise actuelle.

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