Raqqa : Le dispositif de sécurité particulier déployé par Damas pour récupérer un site clé aux mains des Kurdes

La ville de Raqqa, ancien bastion des Forces démocratiques syriennes (FDS) dans le nord-est du pays, connaît une évolution sécuritaire majeure depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu mardi soir. Au-delà de l’arrêt des combats, c’est la gestion des infrastructures sensibles qui cristallise l’attention, avec le transfert d’autorité d’un établissement pénitentiaire hautement stratégique vers les institutions gouvernementales syriennes.

Le ministère de l’Intérieur a confirmé, dans un communiqué diffusé vendredi, la prise de contrôle effective de la prison d’al-Aqtan par l’administration gouvernementale. Selon les informations relayées par l’agence SANA, des fonctionnaires de l’Administration des prisons et des établissements correctionnels ont investi les lieux pour procéder à une évaluation immédiate des conditions de détention et à l’examen des dossiers des prisonniers, parmi lesquels figurent de nombreux combattants affiliés à l’État islamique (EI).

**Une transition opérationnelle sous haute surveillance**

Ce changement de main s’inscrit dans le cadre d’un accord de cessez-le-feu de quatre jours conclu entre le gouvernement syrien et les FDS. Sur le terrain, nos confrères d’Al Jazeera rapportent que les forces gouvernementales ont rapidement comblé le vide laissé par le retrait kurde. Des équipes spécialisées ont été déployées pour mener des opérations de déminage et démanteler les munitions laissées à l’intérieur du complexe pénitentiaire.

Le redéploiement des forces kurdes s’organise parallèlement à cette reprise en main. Des convois de bus et de véhicules transportant plus de 1 000 membres du personnel des FDS ont été observés quittant la zone. Conformément aux termes de l’accord, l’armée syrienne a garanti un passage sécurisé à ces unités vers Kobané, à l’ouest, ainsi que vers la ville d’Ain al-Arab, à l’est d’Alep.

**Une coopération inédite sur le terrain**

La mise en œuvre de ce transfert révèle une dynamique rare entre les belligérants. Zein Basravi, correspondant d’Al Jazeera présent à Raqqa, décrit une opération menée avec une « relative fluidité », marquant une des rares occasions où l’armée syrienne et les FDS reconnaissent avoir coopéré pour assurer la sécurité d’un transfert de troupes.

L’atmosphère aux abords de la prison contraste nettement avec les scènes de chaos observées vingt-quatre heures plus tôt. Si le calme est revenu, la tension reste palpable parmi la population civile. De nombreuses familles tentent de franchir les barricades désormais tenues par les soldats syriens pour s’enquérir du sort de proches détenus, dont certains n’ont donné aucun signe de vie depuis plusieurs jours.

Certains civils dénoncent des arrestations qu’ils jugent arbitraires effectuées par les forces kurdes avant leur départ. Un habitant, Mohammad Ali, a notamment témoigné que son fils avait été interpellé simplement pour la possession d’une photo du président syrien Ahmed al-Sharaa.

Dans ce contexte de réorganisation territoriale, les États-Unis maintiennent une vigilance active. Des avions du commandement central américain (CENTCOM) ont été entendus au-dessus de la zone, procédant à l’exfiltration de détenus de l’EI vers l’Irak, une mesure visant à prévenir toute instabilité sécuritaire liée à ces prisonniers à haut risque.

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