Qualifié de « mère de tous les accords », le détail des concessions mutuelles actées entre l’Inde et l’Union européenne

C’est l’aboutissement de près de deux décennies de tractations complexes, accélérées par une conjoncture internationale instable. New Delhi et Bruxelles ont finalisé un accord de libre-échange d’une envergure rarement atteinte, redessinant les circuits économiques entre le sous-continent indien et le Vieux Continent. Ce rapprochement, qualifié d’historique par les deux parties, vise à créer une zone de libre-échange englobant deux milliards de personnes, en réponse directe aux mutations géopolitiques actuelles.

L’annonce a été officialisée à New Delhi par le Premier ministre indien Narendra Modi et la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. Selon les informations rapportées par Al Jazeera, ce pacte commercial couvre environ 25 % du produit intérieur brut (PIB) mondial. Ursula von der Leyen n’a pas hésité à le décrire comme « la mère de tous les accords », soulignant que les deux parties écrivaient une page d’histoire. Pour Narendra Modi, ce texte offre de nouvelles perspectives pour les 1,4 milliard d’Indiens et les millions de citoyens européens, consolidant l’UE comme le premier partenaire commercial de l’Inde.

Concrètement, l’accord prévoit la suppression ou la réduction drastique des barrières tarifaires. D’après les données fournies par les officiels européens, les droits de douane sur 96,6 % des exportations de l’UE vers l’Inde seront éliminés ou abaissés. Cela concerne des secteurs clés tels que les machines, la chimie, la pharmacie, ainsi que l’aéronautique. Les constructeurs automobiles européens bénéficieront d’une réduction progressive des taxes à 10 % sur un quota annuel de 250 000 véhicules. Les vins et spiritueux européens verront également leurs taxes allégées de manière significative.

En contrepartie, l’Inde obtient un accès renforcé au marché européen pour ses secteurs de prédilection, notamment le textile, les pierres précieuses, la joaillerie et la maroquinerie. Au-delà des biens, les prestataires de services européens gagneront un accès privilégié aux marchés financiers et maritimes indiens. L’Union européenne estime que cet accord permettra d’économiser jusqu’à 4 milliards d’euros par an en droits de douane et prévoit un doublement de ses exportations vers l’Inde d’ici 2032.

Ce dénouement survient dans un contexte stratégique particulier. Les négociations, lancées en 2007 et longtemps restées au point mort, ont trouvé un nouveau souffle en 2022 suite à l’invasion de l’Ukraine par la Russie et, plus récemment, face à la politique tarifaire agressive des États-Unis sous Donald Trump. L’Inde cherche à diversifier ses alliances pour réduire sa dépendance militaire et économique envers Moscou, tandis que l’Europe tente de s’affranchir des pressions de Washington et des contrôles à l’exportation chinois. En marge du volet commercial, un partenariat de sécurité et de défense a également été lancé, alignant l’Inde sur le modèle des relations que l’UE entretient avec le Japon ou la Corée du Sud.

La signature formelle du texte interviendra après un examen juridique qui devrait durer cinq à six mois, pour une mise en œuvre attendue dans l’année. Les échanges bilatéraux de biens, qui atteignaient déjà 120 milliards d’euros en 2024, devraient connaître une croissance exponentielle suite à cette ratification.

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