PSG ou Arsenal : l’Afrique francophone et l’Afrique anglophone n’ont pas le même favori

Ce samedi 30 mai 2026 à 18h00, le Paris Saint-Germain affronte Arsenal en finale de la Ligue des champions à la Puskás Aréna de Budapest. Le match va passionner tout le continent — mais pas dans le même sens. D’un bout à l’autre de l’Afrique, le cœur des supporters ne penche pas du même côté selon la langue qu’on y parle. À Dakar, Abidjan ou Casablanca, c’est Paris qui domine. À Lagos, Accra ou Nairobi, ce sont les Gunners. Voici pourquoi.

Une finale, deux Afriques

C’est l’une des particularités les moins commentées de cette affiche. La Ligue des champions ne divise pas l’Afrique en supporters PSG et supporters Arsenal au hasard. Cette répartition suit, à très peu d’exceptions près, une ligne précise : celle qui sépare l’Afrique francophone de l’Afrique anglophone. Une ligne tracée par l’histoire coloniale, prolongée par la télévision et incarnée aujourd’hui par les joueurs eux-mêmes.

Pourquoi l’Afrique francophone soutient le PSG

Au Sénégal, au Maroc, en Côte d’Ivoire, au Cameroun, en Algérie ou en RD Congo, le Paris Saint-Germain bénéficie d’un attachement historique profond. Trois raisons principales l’expliquent.

D’abord, la proximité culturelle avec la Ligue 1 française. Pendant des décennies, le championnat de France a été le championnat européen le plus suivi dans les pays francophones du continent, retransmis sur les chaînes nationales et commenté dans la langue partagée. Cette habitude a construit, sur trois générations, une familiarité avec les clubs français — et le PSG, club de la capitale, en est devenu naturellement le visage le plus identifiable.

Ensuite, et surtout, la figure d’Achraf Hakimi. Le latéral droit marocain est aujourd’hui l’un des Africains les plus en vue du football mondial. Quart-de-finaliste de la Coupe du monde 2022 avec un Maroc historique, vainqueur de la CAN, vice-champion d’Europe en titre avec le PSG, il incarne à lui seul, comme le souligne le site afrik.com, « l’un des joueurs africains les plus suivis de sa génération ». Au Maroc et plus largement en Afrique du Nord, chaque grand rendez-vous européen de Paris prend à cause de lui une dimension nationale. Hakimi est titulaire ce samedi, et il vise une chose simple : devenir le premier Africain à remporter deux Ligues des champions consécutives avec le PSG.

Enfin, plusieurs visages parisiens parlent aux diasporas africaines. Autour de Hakimi, le PSG aligne des joueurs dont les trajectoires familiales résonnent avec celles de millions de familles franco-africaines : Ousmane Dembélé, Désiré Doué, Bradley Barcola. Tous internationaux français, mais issus de familles aux racines africaines. Pour beaucoup de supporters à Dakar, Abidjan ou Douala, voir ces joueurs porter le maillot parisien crée un sentiment de proximité, voire de fierté partagée.

Pourquoi l’Afrique anglophone reste fidèle à Arsenal

Traversez maintenant le continent vers le Nigeria, le Ghana, le Kenya ou l’Afrique du Sud, et la lecture s’inverse. Là, c’est Arsenal qui règne dans les cœurs — depuis si longtemps que cette fidélité a survécu à deux décennies sans titre majeur. Trois raisons l’expliquent également.

D’abord, l’arrivée de la Premier League dans les foyers africains. Comme le rappelle afrik.com, la popularité d’Arsenal s’est construite dans les années 1990 et 2000, quand la chaîne sud-africaine SuperSport a fait entrer le championnat anglais dans les salons africains. Les maillots rouges et blancs ont alors envahi les rues de Lagos, Accra ou Nairobi. Trois décennies plus tard, ces enfants de l’époque sont devenus adultes — et n’ont jamais changé de club.

Ensuite, le poids des racines nigérianes dans l’effectif actuel. C’est aujourd’hui le levier le plus puissant. Le site afrik-foot.com explique précisément pourquoi le Nigeria, ce samedi soir, supportera Arsenal plutôt que le PSG : trois joueurs des Gunners sont nés en Angleterre de parents nigérians. Bukayo Saka, ailier vedette et leader technique de l’équipe, est de descendance yoruba ; il aurait pu choisir les Super Eagles du Nigeria avant d’opter pour l’Angleterre. Eberechi Eze, recrue importante de l’été, a célébré son mariage à Londres aux couleurs de la culture igbo. Noni Madueke partage les mêmes origines. Sans oublier le jeune Ethan Nwaneri, autre promesse du club. À ces quatre Nigérians de Londres s’ajoute William Saliba, pilier de la défense, international français aux racines camerounaises.

Enfin, l’héritage Wenger plane toujours sur Londres. Le technicien français Arsène Wenger, qui a entraîné Arsenal de 1996 à 2018, a fait passer plusieurs grandes figures africaines par le club — Kanu, Touré Yaya, Touré Kolo, Eboué, Adebayor. Cette dynastie a forgé, pour toute une génération de fans africains, l’identité d’un club ouvert au continent. Aujourd’hui, malgré le départ du Ghanéen Thomas Partey à l’été 2025 — qui prive Arsenal de tout international africain en titre dans son effectif — ce capital affectif reste intact.

Et au Sénégal, dans tout cela ?

Comme dans le reste de l’Afrique francophone, le cœur sénégalais penche très majoritairement côté Parc des Princes. La présence de Hakimi, l’attachement à la Ligue 1, la proximité culturelle avec Paris : tout concourt à faire du PSG le favori naturel des cafés-écrans de Dakar, Thiès ou Saint-Louis. Aucun Sénégalais ne figure dans les deux effectifs — mais cela n’enlèvera rien à la passion avec laquelle la finale sera suivie.

À noter toutefois que la frontière n’est pas étanche : une minorité de jeunes supporters sénégalais, séduits ces dernières années par la Premier League et par la figure de Saka, soutient Arsenal. Mais ils restent une exception dans un paysage très majoritairement parisien.

Une finale qui résume une histoire

Au-delà du sport, la répartition des cœurs africains entre Paris et Londres dit aussi quelque chose d’une histoire plus longue. Celle de deux empires coloniaux qui ont laissé deux langues, deux championnats, deux cultures télévisuelles — et qui continuent, près de soixante-cinq ans après les indépendances, à structurer jusqu’aux passions footballistiques.

Coup d’envoi ce samedi 30 mai à 18h00 (heure de Paris et de Dakar) à la Puskás Aréna de Budapest. Diffusion sur Canal+ pour les abonnés. Un seul ballon, deux capitales — et un continent partagé.

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