C’est un scrutin aux allures de nouveau départ pour cette nation d’Asie du Sud. Pour la première fois depuis la chute du régime de Sheikh Hasina en 2024, les bureaux de vote ont ouvert leurs portes ce jeudi au Bangladesh, accueillant près de 127 millions d’électeurs. Si l’attention internationale se porte sur le duel politique entre le Parti nationaliste du Bangladesh (BNP) et la coalition menée par la Jamaat-e-Islami, ce retour aux urnes marque surtout une rupture nette avec quinze années de verrouillage politique. Selon les informations rapportées par Al Jazeera, le processus électoral intègre cette fois une dimension institutionnelle supplémentaire, conçue pour redéfinir durablement l’équilibre des pouvoirs.
**Une élection sous le signe de la rupture**
Le climat dans les rues de Dhaka tranche avec les scrutins précédents. Après le soulèvement étudiant qui a conduit à l’exil de l’ancienne Première ministre Sheikh Hasina en Inde, le gouvernement intérimaire dirigé par le lauréat du prix Nobel Muhammad Yunus a orchestré ce vote comme un test de crédibilité démocratique. AMM Nasir Uddin, le commissaire électoral en chef, a souligné la volonté des autorités de rompre avec « l’histoire des bourrages d’urnes et des captures de centres de vote » qui caractérisait les élections organisées depuis 2008.
Deux forces principales s’opposent pour la direction du gouvernement : le BNP, dirigé par Tarique Rahman qui a axé sa campagne sur la lutte contre la corruption, et la Jamaat-e-Islami de Shafiqur Rahman, qui tente de positionner son parti islamiste, longtemps exclu, comme une force de changement moderne. La Ligue Awami, parti de l’ancienne dirigeante condamnée par contumace, a quant à elle été exclue du processus.
**Le référendum constitutionnel : l’autre enjeu du jour**
Au-delà de la désignation des 300 sièges du Jatiyo Shangsad (le Parlement), les électeurs participent simultanément à une consultation déterminante pour l’architecture de l’État. Parallèlement au vote législatif, un référendum est organisé pour valider une série de réformes constitutionnelles élaborées par le gouvernement de transition.
Selon notre confrère Jonah Hull d’Al Jazeera, présent à Dhaka, cette initiative vise à instaurer des « garde-fous démocratiques » concernant les institutions électorales, la police et la constitution elle-même. L’objectif affiché est d’empêcher le pays de glisser à nouveau vers l’autocratie. Ce volet référendaire est perçu par les observateurs comme l’héritage direct de la révolution étudiante survenue dix-huit mois plus tôt.
**Des défis structurels immenses**
L’optimisme affiché par les électeurs, dont certains qualifient l’expérience « d’émouvante et responsabilisante », ne masque pas les difficultés qui attendent la future administration. Le pays fait face à une pression économique accrue, marquée par un chômage des jeunes persistant et une croissance en stagnation. Farhana Sultana, professeure à l’Université de Syracuse, précise que la nouvelle génération exige désormais des opportunités réelles plutôt que des changements symboliques.
L’urgence climatique s’impose également comme une priorité absolue pour ce pays particulièrement vulnérable aux inondations. Le prochain gouvernement devra intégrer la sécurité hydrique et l’adaptation climatique au cœur de sa planification économique et de sa diplomatie. Le dépouillement manuel des bulletins a débuté dès la fermeture des bureaux à 16h30, les résultats étant attendus dans la matinée de vendredi.