C’est une rencontre qui marque la fin d’une longue période de glaciation diplomatique entre Londres et Pékin. Huit années se sont écoulées depuis la dernière visite d’un Premier ministre britannique en Chine, une période durant laquelle les relations bilatérales se sont considérablement tendues. Ce jeudi, au Grand Palais du Peuple à Pékin, le chef du gouvernement britannique Keir Starmer et le président chinois Xi Jinping ont amorcé une tentative de relance, dictée par un contexte économique et géopolitique complexe.
L’objectif affiché par Londres est clair : opter pour le « pragmatisme ». Keir Starmer, arrivé en Chine pour une visite de trois jours, a plaidé pour une relation « mature » avec la deuxième économie mondiale. Selon les propos rapportés par Al Jazeera, le dirigeant britannique a insisté sur la nécessité d’un « partenariat stratégique cohérent, complet et à long terme ». De son côté, Xi Jinping a souligné l’importance accrue du dialogue et de la coopération face à une situation internationale qu’il qualifie de « complexe et entrelacée ».
Cette volonté de rapprochement s’appuie sur des enjeux économiques majeurs. Le Premier ministre britannique n’a pas fait le déplacement seul : une délégation représentant près de 50 entreprises et organisations culturelles britanniques, dont des géants comme HSBC, British Airways, AstraZeneca et GSK, l’accompagne. La Chine représentait en 2025 le quatrième partenaire commercial du Royaume-Uni, avec des échanges bilatéraux évalués à 137 milliards de dollars selon les données gouvernementales britanniques. Katrina Yu, correspondante d’Al Jazeera à Pékin, précise que le renforcement de la coopération économique et sécuritaire figurait en tête de l’ordre du jour, avec pour tâche immense de sortir la relation diplomatique de son « gel profond ».
Ce réchauffement diplomatique s’opère toutefois sur une ligne de crête. Keir Starmer a exprimé au président chinois son souhait d’identifier des opportunités de collaboration tout en maintenant un « dialogue significatif sur les domaines de désaccord ». Les sujets de friction ne manquent pas, notamment la répression politique à Hong Kong depuis 2019 et le cas du magnat des médias pro-démocratie et citoyen britannique, Jimmy Lai, poursuivi pour atteinte à la sécurité nationale. Malgré ces critiques sur les droits humains et les inquiétudes liées à la sécurité nationale soulevées au Royaume-Uni, Londres cherche des terrains d’entente, notamment dans le domaine de l’application de la loi pour lutter contre le trafic d’immigrants clandestins.
Le contexte international joue un rôle déterminant dans ce rapprochement. Cette visite intervient alors que les relations de Londres et de Pékin avec les États-Unis subissent les pressions de la guerre tarifaire initiée par le président Donald Trump. Les menaces récentes de ce dernier concernant l’annexion du Groenland ont par ailleurs suscité l’inquiétude parmi les membres de l’OTAN, y compris le Royaume-Uni, renforçant la nécessité pour les puissances mondiales de diversifier leurs alliances et leurs partenariats économiques.