Pour garantir sa souveraineté énergétique, la France revient sur cette décision historique touchant quatorze de ses réacteurs

Le gouvernement français vient de définir son cap énergétique pour la décennie 2025-2035 à travers la présentation de la troisième Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE). Présenté ce jeudi par le Premier ministre Sébastien Lecornu, ce document stratégique réorganise les priorités nationales entre impératifs de souveraineté et objectifs de décarbonation, marquant une rupture nette avec les précédentes ambitions concernant la composition du mix électrique.

Cette nouvelle feuille de route, qui vise à répondre aux enjeux de compétitivité et de pouvoir d’achat, entérine un changement de doctrine majeur concernant l’atome. Le nucléaire, qui assure déjà environ les deux tiers de la production électrique du pays, voit sa prédominance renforcée. La stratégie confirme non seulement la construction de six réacteurs de type EPR2, mais prévoit également une décision en 2026 pour le lancement éventuel de huit unités supplémentaires. Fait notable rapporté par l’agence Anadolu, la trajectoire qui prévoyait la fermeture de quatorze réacteurs existants est officiellement abandonnée, scellant le prolongement de leur exploitation.

Si la relance du nucléaire est actée, l’apport des nouveaux EPR2 ne sera pas immédiat, la mise en service du premier réacteur n’étant pas attendue avant 2038. Pour combler les besoins d’ici là, le gouvernement table sur une hausse globale de la production énergétique décarbonée comprise entre 19,5 % et 27,4 % en dix ans.

Concernant les énergies renouvelables, la programmation affiche une ambition plus mesurée, avec des objectifs réajustés pour éviter les surcapacités. C’est particulièrement le cas pour l’éolien terrestre, dont les cibles sont revues à la baisse : le gouvernement vise désormais une capacité de 35 à 40 gigawatts en 2035, contre les 45 gigawatts initialement prévus dans la précédente programmation. L’accent sera mis prioritairement sur le renouvellement des parcs existants plutôt que sur l’extension des surfaces exploitées. L’éolien en mer conserve quant à lui un objectif de 15 gigawatts à l’horizon 2035, tandis que le solaire photovoltaïque devrait atteindre entre 55 et 80 gigawatts.

Le plan inclut également un volet hydraulique avec une augmentation de capacité de 2,8 gigawatts, ainsi qu’une réduction drastique de la part des énergies fossiles dans la consommation finale, visée à 40 % en 2030 contre 58 % en 2023.

L’adoption de ce texte s’effectuera par décret, faute de consensus parlementaire suffisant. Cette méthode, ainsi que le contenu du document, ont suscité des réactions contrastées au sein de l’opposition. Bruno Retailleau (Les Républicains) a plaidé pour un arrêt total des soutiens publics aux énergies renouvelables, tandis que Marine Le Pen (Rassemblement National) a qualifié la publication de ce texte de « lourde faute ». De son côté, Sébastien Lecornu a défendu sa stratégie sur le réseau social X, affirmant que la France devait sortir des « hésitations permanentes » alors que « le monde se réorganise énergétiquement ».

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