C’est un revers judiciaire significatif pour l’exécutif américain en matière d’immigration. Un juge fédéral a ordonné mardi à l’administration du président Donald Trump de faciliter le retour immédiat d’une étudiante du Babson College, expulsée à tort vers le Honduras l’année dernière. Cette décision intervient alors que le gouvernement a reconnu des dysfonctionnements dans la procédure, tout en tentant de s’opposer au rapatriement de la jeune femme.
Le juge de district Richard Stearns a fixé un cadre temporel strict : le gouvernement dispose de deux semaines pour prendre les mesures nécessaires au retour d’Any Lucia Lopez Belloza. Dans son ordonnance, le magistrat présente cette injonction comme une opportunité pour l’administration de corriger une « erreur », sans écarter la possibilité de poursuites pour outrage au tribunal si les actions requises ne sont pas entreprises. « La sagesse conseille de trouver la rédemption en reconnaissant et en réparant nos propres erreurs », a écrit le juge Stearns, soulignant que si le gouvernement a admis sa faute, il est désormais temps de « faire amende honorable ».
**Une expulsion en violation d’une décision de justice**
L’affaire remonte au 20 novembre, lorsque l’étudiante de 19 ans a été arrêtée par des agents de l’immigration à l’aéroport Logan de Boston. Selon les informations rapportées par Al Jazeera, elle s’apprêtait à prendre un vol pour le Texas afin de passer les fêtes de Thanksgiving en famille. Any Lucia Lopez Belloza affirme avoir été privée d’accès à un avocat et détenue pendant deux nuits dans des conditions précaires, entassée avec 17 autres femmes dans une cellule, avant d’être expulsée vers le Honduras le 22 novembre.
Ce renvoi forcé s’est opéré en violation directe d’une ordonnance judiciaire obtenue par ses avocats, qui interdisait son éloignement du Massachusetts pour une durée de 72 heures. Depuis lors, l’étudiante poursuit ses cours à distance depuis le Honduras, dans l’attente d’une issue légale.
**L’administration reconnaît la faute mais bloque le visa**
Devant le tribunal, l’administration Trump a présenté des excuses, qualifiant l’expulsion d’erreur imputable à un seul agent de l’ICE (Immigration and Customs Enforcement) et non d’un acte de défiance délibéré envers la justice. « Au nom du gouvernement, nous tenons à nous excuser sincèrement », a déclaré le procureur Mark Sauter.
Cependant, malgré ces excuses, l’administration s’est opposée au retour de l’étudiante, arguant que le Secrétaire d’État n’avait pas l’autorité pour délivrer le visa nécessaire et que Mlle Lopez Belloza restait inéligible. Un argumentaire balayé par la décision du juge Stearns, qui exige un rétablissement de la situation antérieure.
Ce dossier s’inscrit dans un contexte plus large de durcissement de la politique migratoire sous le second mandat de Donald Trump, marqué par une promesse de campagne d’expulsions massives. D’autres cas similaires ont été signalés, notamment celui de Kilmar Abrego Garcia, un père de famille salvadorien expulsé en mars 2025 malgré une protection judiciaire, illustrant les tensions croissantes entre les directives de l’exécutif et le respect des procédures légales garanties par les tribunaux fédéraux.