Réunis à Vilnius pour commémorer une révolte historique commune, les dirigeants polonais, lituanien et ukrainien ont adressé un message de fermeté à l’égard du voisin russe. Au-delà du symbole, cette rencontre a permis de sceller des engagements défensifs précis, notamment concernant le déploiement de forces dans une zone géographique considérée comme le point névralgique d’un potentiel conflit en Europe.
La rencontre, qui rassemblait le président polonais Karol Nawrocki, son homologue lituanien Gitanas Nauseda et le président ukrainien Volodymyr Zelensky, visait initialement à marquer l’anniversaire de l’Insurrection de janvier 1863. Mais les échanges se sont rapidement orientés vers la situation sécuritaire actuelle. Karol Nawrocki a tenu à souligner que la menace perçue par les pays d’Europe centrale et orientale ne dépend pas du régime en place à Moscou.
Selon les propos rapportés par l’agence Anadolu, le dirigeant polonais estime que « qu’il s’agisse de la Russie tsariste, de la Russie bolchevique ou de la Russie de Vladimir Poutine », le danger reste identique pour les nations devenues indépendantes. Il a également noté que les tentatives de « réinitialisation » des relations avec la Fédération de Russie disparaissent désormais des agendas diplomatiques, validant ainsi les avertissements lancés de longue date par Varsovie et Vilnius, à une époque où l’Europe occidentale priorisait d’autres dossiers comme le climat ou l’immigration.
**Une montée en puissance des budgets militaires**
Cette perception commune du risque se traduit par une augmentation significative des capacités de défense. Le président polonais a salué les projections budgétaires de la Lituanie, qui prévoit d’allouer 5,4 % de son produit intérieur brut (PIB) à la défense. De son côté, la Pologne consacre près de 5 % de son PIB à ses forces armées, forte d’un effectif dépassant les 200 000 soldats.
**Des manœuvres près du corridor de Suwalki**
L’annonce la plus concrète de ce sommet concerne la coopération opérationnelle sur le terrain. Karol Nawrocki a précisé que les troupes polonaises auront désormais accès à une nouvelle zone militaire lituanienne pour leurs entraînements. Cette zone se situe à proximité immédiate du corridor de Suwalki.
Cette bande de terre, frontalière de la Pologne et de la Lituanie, est prise en étau entre l’enclave russe de Kaliningrad et le Bélarus. Elle est identifiée par les stratèges militaires comme un point de tension majeur en cas d’escalade. L’objectif affiché est de renforcer l’interopérabilité des deux armées dans ce secteur sensible.
Les trois chefs d’État ont conclu en rappelant la portée morale du soulèvement de 1863 contre la domination russe. Bien qu’écrasée par les forces tsaristes un an plus tard, cette révolte conserve, selon M. Nawrocki, une valeur éducative face au retour de « l’agression impériale » : celle de refuser la reddition comme option.