Plus d’un million de déplacés au Liban : la destruction de ces infrastructures clés isole le sud du pays

Les bombardements israéliens au Liban ont poussé plus d’un million de personnes à fuir leurs foyers pour chercher refuge vers le nord. Dans les montagnes libanaises, les infrastructures d’accueil sont désormais saturées, confrontant les populations déplacées à une crise logistique et humanitaire d’une ampleur inédite.

L’offensive israélienne, lancée le 2 mars dernier dans le cadre d’une opération conjointe avec les États-Unis contre l’Iran, a profondément bouleversé la géographie humaine du pays. Cette campagne militaire fait suite à la mort du guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, tué lors d’une frappe américano-israélienne le 28 février, qui a déclenché des attaques de représailles du Hezbollah et une invasion terrestre du sud du Liban par Israël. Avant cette escalade, les Nations Unies avaient déjà documenté plus de 10 000 violations par Israël de l’accord de cessez-le-feu conclu fin 2024 avec le groupe libanais.

Selon les autorités libanaises, ces affrontements ont déjà coûté la vie à plus de 1 300 personnes, dont environ 120 enfants. Face à l’avancée des troupes et aux ordres d’évacuation, plus de 1,1 million de civils ont pris la route. À Qabr Chamoun, dans le mont Liban, les écoles transformées en centres d’hébergement débordent. Des familles entières s’entassent dans les salles de classe, tandis que d’autres dorment dans leurs véhicules après des jours de route dans des embouteillages massifs.

La situation sur le terrain est particulièrement tendue. L’ONG Action contre la Faim a indiqué à Al Jazeera que plus de 400 personnes ont dû être refoulées d’une seule école à Qabr Chamoun, faute de place. L’organisation, qui soutient actuellement plus de 43 000 déplacés à travers 247 abris collectifs, alerte sur les limites de son intervention. Suzanne Takkenberg, directrice régionale de l’ONG, souligne que la baisse des financements humanitaires ralentit considérablement la réponse, laissant de nombreuses familles dans des abris informels ou dans la rue.

Dans les centres surpeuplés, les conditions sanitaires se dégradent rapidement. Des fuites d’eau sont signalées dans plusieurs bâtiments, et les difficultés à nettoyer correctement les biberons et ustensiles entraînent une recrudescence des maladies gastro-intestinales et des infections oculaires chez les enfants, qui représentent un déplacé sur cinq.

Cependant, la fuite vers des zones plus sûres est de plus en plus compromise. La destruction d’infrastructures essentielles, notamment les ponts et les voies d’accès traversant le fleuve Litani, isole progressivement le sud du Liban. Ce verrouillage physique empêche de nouvelles familles de quitter les zones de combat et perturbe gravement les chaînes d’approvisionnement, soulevant des inquiétudes majeures quant à la sécurité alimentaire à long terme.

À ces difficultés immédiates s’ajoute l’incertitude quant à l’avenir. Des déclarations récentes de responsables israéliens évoquent la possibilité d’une présence sécuritaire prolongée, voire d’une occupation totale du sud du Liban. Pour de nombreux déplacés ayant laissé derrière eux des décennies de souvenirs, l’espoir de retrouver leurs foyers s’amenuise face à la destruction des quartiers résidentiels et des terres agricoles.

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