Alors que les statistiques officielles marquent un recul net de l’immigration professionnelle dans l’Hexagone, une voix autorisée du secteur économique vient heurter la tendance politique du moment. Face à la contraction des délivrances de titres de séjour, la direction de la banque publique d’investissement (Bpifrance) a tenu à confronter les choix législatifs à la réalité du terrain industriel, mettant en lumière une équation démographique difficilement contournable.
C’est un diagnostic qui tranche avec l’atmosphère de durcissement des politiques migratoires. Nicolas Dufourcq, directeur général de Bpifrance, a pris la parole mercredi pour souligner une incohérence entre la baisse de 12,6 % des titres de séjour pour motif professionnel et les besoins structurels des entreprises françaises. Selon les informations rapportées par l’agence Anadolu, le responsable estime que le développement industriel de la France reste techniquement impossible sans un apport extérieur de main-d’œuvre.
Si Nicolas Dufourcq concède un « léger ralentissement » des besoins immédiats, il pointe une tension persistante sur le marché du travail. Pour appuyer son propos, il avance une statistique issue du terrain : 90 % des entrepreneurs industriels signalent toujours des difficultés majeures de recrutement. Cette pénurie de bras et de compétences a, selon lui, pesé lourdement sur l’activité économique entre 2022 et 2024 et demeure un frein à la croissance.
Au-delà du constat immédiat, Bpifrance s’appuie sur une large consultation menée auprès de 15 000 chefs d’entreprise pour dresser un état des lieux nuancé mais préoccupant. Les résultats de cette enquête révèlent un patronat divisé : un tiers des dirigeants considère l’immigration comme indispensable à leur activité, un tiers s’y oppose, tandis que le dernier tiers ne se prononce pas. Cette fracture illustre la sensibilité politique du sujet, même au sein de la sphère économique.
Pour le directeur général, l’enjeu dépasse les clivages d’opinion pour toucher à la démographie. « À l’avenir, la France n’aura d’autre choix que de faire venir de la main-d’œuvre étrangère pour faire face à la baisse de la démographie », a-t-il affirmé. Une position qu’il étend à l’échelle continentale, estimant qu’aucun pays européen ne peut espérer revitaliser son tissu industriel en s’appuyant exclusivement sur sa population active actuelle.
je suis en phase avec lui