Outre l’ouverture du registre foncier, la prérogative municipale spécifique qu’Israël récupère désormais sur la gestion de la vieille ville de Hébron

Les autorités israéliennes ont validé dimanche une série de modifications administratives concernant la gestion des territoires en Cisjordanie occupée. Au-delà des aspects techniques, ces décisions marquent un tournant dans le contrôle des infrastructures et des lieux saints, suscitant de vives inquiétudes quant à une annexion qui ne dit pas son nom.

Le cabinet israélien a approuvé des mesures qui modifient en profondeur les règles d’enregistrement des terres et la gestion municipale dans certaines zones sensibles. Ces directives, relayées par notre rédaction via des sources comme Al Jazeera, visent officiellement à faciliter les procédures administratives, mais elles redéfinissent dans les faits l’équilibre des pouvoirs entre l’administration militaire israélienne et les autorités locales palestiniennes.

L’ouverture des registres fonciers au public

La première mesure phare concerne l’accès à l’information sur la propriété foncière. Le gouvernement a ordonné l’ouverture au public des registres fonciers en Cisjordanie, un territoire occupé par Israël depuis 1967. Jusqu’ici restreint, cet accès permet désormais à toute personne, y compris aux colons israéliens, de consulter librement l’identité des propriétaires terriens palestiniens.

Cette transparence imposée est perçue sur le terrain comme un outil de pression. En identifiant précisément les détenteurs de titres, les organisations cherchant à acquérir des terres en Cisjordanie disposent désormais des données nécessaires pour cibler les propriétaires, une démarche qui, selon les observateurs locaux, expose ces derniers à des harcèlements accrus pour céder leurs biens.

Transfert de compétence à Hébron

Parallèlement à la question foncière, le cabinet a décrété un changement de juridiction majeur à Hébron. L’autorité concernant la délivrance des permis de construire pour les colonies et le complexe de la mosquée Ibrahimi a été retirée à la municipalité palestinienne de Hébron pour être transférée directement sous contrôle israélien.

Moataz Abu Sneina, directeur de la mosquée Ibrahimi, qualifie cette décision de « développement le plus grave depuis 1967 ». Ce site, vénéré par les musulmans comme par les juifs (qui le nomment Tombeau des Patriarches), est au cœur des tensions depuis le massacre de 1994, où un colon avait ouvert le feu sur des fidèles, tuant 29 Palestiniens. Depuis, le site est divisé spatialement, mais ce nouveau transfert administratif renforce l’emprise israélienne sur la gestion quotidienne du lieu.

Selon Abu Sneina, ces mesures s’inscrivent dans une politique systématique visant à contrôler les entrées, les sorties et même l’appel à la prière, en violation du protocole de Hébron.

La gestion des lieux saints à Bethléem

Les nouvelles directives s’étendent également à Bethléem. Le gouvernement a stipulé que la mosquée Bilal bin Rabah, connue sous le nom de Tombeau de Rachel par les juifs, passerait sous administration israélienne pour ses opérations de nettoyage et de maintenance. Ce site relevait jusqu’alors de la compétence de la municipalité de Bethléem.

Cette décision affecte également le cimetière adjacent à la mosquée. Bassam Abu Srour, résident du camp de réfugiés d’Aida, redoute que ce changement administratif n’entraîne une interdiction totale des enterrements et des visites au cimetière musulman, qualifiant la situation d’« inacceptable ».

Vers une modification permanente du paysage

Pour Mohannad al-Jaabari, du Comité de réhabilitation de Hébron, ces décisions administratives préparent le terrain pour une reconfiguration géographique de la Cisjordanie. Il décrit un processus visant à relier les colonies entre elles en isolant les quartiers palestiniens, créant ainsi une continuité territoriale sous contrôle israélien exclusif.

Nabil Faraj, analyste politique, estime que ces mouvements constituent « le dernier clou dans le cercueil du processus de paix », en cherchant à dépouiller l’Autorité palestinienne de ses prérogatives administratives et sécuritaires restantes. Sur le terrain, les commerçants comme Mamdouh al-Natsheh expriment la crainte que ces restrictions quotidiennes et ces changements de statuts ne visent à imposer une réalité permanente où la présence palestinienne dépendrait entièrement de permis révocables.

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