Outre les députés, la décision majeure cachée dans le troisième bulletin de vote des électeurs thaïlandais

Les bureaux de vote s’apprêtent à ouvrir leurs portes ce dimanche pour 53 millions d’électeurs, dans un climat marqué par une instabilité chronique et des tensions frontalières récentes. Alors que le royaume tente de sortir d’un cycle politique ayant vu se succéder trois Premiers ministres en seulement trois ans, ce scrutin législatif ne se limite pas à la simple élection des 500 membres de la Chambre des représentants. Un autre enjeu, institutionnel celui-là, s’invite directement dans l’isoloir.

Selon les informations rapportées par notre source Al Jazeera, les électeurs thaïlandais recevront ce dimanche trois bulletins de vote distincts. Si les deux premiers concernent classiquement la désignation des députés — 400 élus au scrutin majoritaire et 100 à la proportionnelle —, le troisième porte une charge politique considérable. Il soumet au vote populaire la possibilité de réécrire entièrement la constitution de 2017, un texte rédigé sous l’égide militaire après le coup d’État de 2014. Bien que les sondages prédisent une victoire du « oui », le processus de révision resterait long et soumis à de multiples verrous parlementaires.

Une bataille à trois têtes

Sur le plan strictement électoral, trois forces principales s’affrontent pour atteindre la majorité requise de 251 sièges. Contrairement aux scrutins de 2019 et 2023, le Sénat nommé, dominé par les conservateurs, ne participera pas à la désignation du Premier ministre, redonnant ainsi tout son poids à la Chambre basse.

Le Parti du Peuple, formation progressiste héritière du mouvement Move Forward dissous par la justice, mène la course dans les intentions de vote. Crédité de 29,1 % pour le poste de Premier ministre et de plus de 34 % pour les listes de parti, il propose un programme de rupture incluant la fin de la conscription militaire et une réforme bureaucratique. Cependant, son chemin vers le pouvoir reste semé d’embûches institutionnelles.

Face à lui, le parti Bhumjaithai, dirigé par le Premier ministre sortant Anutin Charnvirakul, s’est positionné comme le nouveau pôle du conservatisme royaliste. Anutin, dont la popularité a grimpé à 22,4 % selon les enquêtes d’opinion, bénéficie d’une image de « pragmatique » et a su attirer de nombreux transfuges politiques. Sa campagne a capitalisé sur le sentiment nationaliste exacerbé par les récents affrontements frontaliers avec le Cambodge, qui ont fait 149 morts avant le cessez-le-feu de décembre.

Le déclin de l’ancienne force dominante

Le troisième acteur, Pheu Thai, traverse une zone de turbulences. Historiquement dominant sur la scène politique thaïlandaise depuis un quart de siècle, le parti de la famille Shinawatra paie le prix de son alliance passée avec les militaires et des maladresses diplomatiques de l’ex-Première ministre Paetongtarn Shinawatra. Destituée en septembre suite à une controverse impliquant l’ancien dirigeant cambodgien Hun Sen, elle a laissé un parti affaibli, désormais relégué en troisième position dans les sondages avec 16,2 % des intentions de vote.

Malgré une forte participation attendue — 87 % des inscrits au vote anticipé se sont déjà déplacés à Bangkok —, la formation du prochain gouvernement s’annonce complexe. Aucun parti ne semblant en mesure de remporter une majorité absolue, le jeu des coalitions sera inévitable, prolongeant l’incertitude politique dans un pays où les interventions judiciaires ont souvent annulé le verdict des urnes.

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