Opération « Catch of the Day » : dans le Maine, le profil démographique précis qui se retrouve au centre de la nouvelle offensive migratoire de Donald Trump

L’administration américaine vient d’ouvrir un nouveau front dans sa politique de fermeté migratoire. Alors que les relations sont déjà tendues entre la Maison Blanche et les autorités locales du Maine, le département de la Sécurité intérieure a lancé une vaste opération de contrôle dans cet État du nord-est. Derrière les justifications sécuritaires officielles et le conflit politique, cette offensive semble viser une composante bien particulière de la population locale.

Le climat se durcit considérablement pour les populations immigrées résidant dans le nord-est des États-Unis. Le département de la Sécurité intérieure a confirmé le lancement, ce mardi, d’une série de raids menés par l’agence de l’immigration et des douanes (ICE) sous le nom de code « Opération Catch of the Day » (Prise du jour). Si l’objectif affiché est la lutte contre la criminalité, le choix géographique du Maine ne doit rien au hasard et soulève de vives inquiétudes au sein d’une communauté spécifique.

Une minorité africaine dans le viseur

Au-delà du conflit institutionnel, les craintes locales se cristallisent autour du ciblage présumé de la communauté somalienne et somalo-américaine, particulièrement présente dans les villes de Portland et Lewiston. Selon les informations rapportées par Al Jazeera, cette communauté, estimée à environ 3 000 personnes dans l’État, fait face à une pression accrue.

Ce déploiement intervient dans un contexte de rhétorique hostile de la part de l’exécutif américain. Lors d’une réunion de cabinet en décembre, Donald Trump avait qualifié des membres de la communauté somalienne de « déchets » et a réitéré, pas plus tard que mardi depuis la Maison Blanche, des propos mettant en cause le quotient intellectuel de ce groupe démographique.

La directrice adjointe de l’ICE, Patricia Hyde, citée par Fox News, a indiqué que l’agence avait procédé à 50 arrestations jusqu’à présent, sur un objectif de près de 1 400 individus identifiés dans le Maine. Le département de la Sécurité intérieure a mis en avant quatre arrestations spécifiques impliquant des ressortissants du Soudan, du Guatemala, de l’Éthiopie et de l’Angola, les qualifiant de « pire du pire » et les accusant de crimes allant des voies de fait graves à la mise en danger d’enfants.

Règlement de comptes politique

L’opération prend également l’allure d’une réponse politique directe à la gouverneure démocrate du Maine, Janet Mills, engagée dans un bras de fer public avec le président. Tricia McLaughlin, porte-parole de l’administration Trump, a explicitement lié l’opération à la posture de l’élue locale, accusant les « politiciens sanctuaires » de privilégier les « étrangers illégaux criminels » à la sécurité des citoyens américains.

Les tensions entre les deux dirigeants ne sont pas nouvelles. Janet Mills et Donald Trump s’étaient déjà affrontés verbalement lors d’une réunion des gouverneurs à la Maison Blanche en février dernier, le président menaçant alors de couper les fonds fédéraux si l’État ne se conformait pas à certaines directives, notamment sur les athlètes transgenres.

Inquiétude des autorités locales

Sur le terrain, l’anxiété est palpable. Le maire de Portland, Mark Dion, a rapporté que les communautés immigrées se sentent menacées par cette action jugée « imprévisible ». Tout en reconnaissant la légalité des lois fédérales sur l’immigration, l’édile a remis en question la nécessité d’une approche « paramilitaire », exprimant la crainte de voir se reproduire les scénarios violents observés récemment dans le Minnesota.

Dans cet État du Midwest, des opérations similaires avaient entraîné des affrontements entre agents fédéraux et manifestants, menant au décès d’une femme lors d’une interaction avec l’ICE. Toutefois, le maire de Portland note pour l’instant une activité plus ciblée dans le Maine, suggérant des actions basées sur des mandats judiciaires précis plutôt que des rafles massives et aléatoires.

De son côté, la gouverneure Janet Mills a dénoncé le manque de coordination de l’administration fédérale, affirmant avoir tenté sans succès de confirmer l’imminence de ces opérations avant leur lancement. Dans une déclaration vidéo, elle a critiqué l’usage de masques par les agents fédéraux pour dissimuler leur identité, contrastant ces méthodes avec les standards des forces de l’ordre locales.

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