Une opération militaire destinée à cibler des éléments terroristes fait l’objet d’un rapport accablant publié ce lundi. Dans l’ouest du pays, une frappe aérienne soulève de graves préoccupations au regard du droit international humanitaire, l’ONG Human Rights Watch pointant une disproportion manifeste entre l’objectif visé et les pertes collatérales subies par la population.
Selon les données communiquées par Agence Afrique, le bilan humain de l’attaque survenue le 6 janvier dernier au village de Kokoloko est particulièrement lourd. Alors que la frappe a effectivement neutralisé trois combattants islamistes, elle a causé la mort d’au moins 17 civils, parmi lesquels figurent quatre enfants. Treize autres personnes ont été blessées lors de cette intervention menée sur un marché bondé.
Pour l’organisation de défense des droits humains, cette action militaire viole les lois de la guerre interdisant les attaques indiscriminées. Human Rights Watch (HRW) précise que cet événement pourrait être constitutif d’un crime de guerre. Si la présence de l’État islamique au Sahel (EIS) est avérée dans cette zone depuis plusieurs années, la méthode employée ici est fermement contestée par l’organisation.
Ilaria Allegrozzi, chercheuse senior sur le Sahel, exhorte les autorités de Niamey à lancer une procédure transparente et impartiale. L’ONG demande non seulement des poursuites contre les responsables, mais aussi une indemnisation adéquate pour les victimes et leurs familles. Elle invite également les partenaires étrangers du Niger à exercer une pression diplomatique pour prévenir de futurs préjudices aux civils.
Ce rapport s’appuie sur une méthodologie rigoureuse croisant des entretiens téléphoniques avec quinze personnes, dont des témoins directs, des journalistes et des humanitaires, ainsi que l’analyse d’images satellites et de vidéos géolocalisées. L’impact de cette frappe dépasse le seul bilan humain immédiat : la quasi-totalité des 1 200 résidents de Kokoloko ont été contraints de fuir, cherchant refuge dans les villages voisins ou traversant la frontière vers le Mali.