Le meurtre atroce de la jeune Aminata (14 ans), tuée à coups de pilon à Médina Wandifa, dépasse le simple fait divers. Son beau-père a avoué avoir agi sous la dictée de la mère, qui « n’en pouvait plus » de s’occuper d’une enfant lourdement handicapée. Face à l’indifférence générale entourant ce drame, la journaliste Ndiape Bitèye est montée au créneau pour dénoncer nos failles collectives.
Une fausse solidarité et un abandon de l’État
« Je vais y aller sans gants », prévient d’emblée la journaliste. « On aime bien se glorifier, mais nous sommes dans une société où l’on ne respecte pas trop la sacralité de la vie humaine. »
Pour elle, le drame d’Aminata illustre l’absence totale de prise en charge du handicap au Sénégal : « Nous aimons bien taxer les Occidentaux de tous les noms, mais eux parviennent à inclure ces personnes dans la société. Pendant ce temps, chez nous, il n’y a aucune prise en charge sociale, les populations sont laissées à elles-mêmes. Même les politiciens que nous suivons n’incluent jamais ces questions dans leurs programmes ».
L’hypocrisie face à la détresse sociale
Ndiape Bitèye fustige également notre passivité face à l’enfance exploitée, souvent tolérée par lâcheté sociale : « Dans un pays normal, un enfant ne doit pas traîner dans la rue. Pourtant, ils passent tous les jours devant nous, journalistes, politiciens et autorités, et personne n’en parle. Nous avons peur d’en parler pour ne pas être taxés de combattre les daaras. Mais la religion n’a jamais dit qu’un enfant doit vivre dans la rue pour maîtriser le Coran », martèle-t-elle, qualifiant le Sénégal de « société complètement malade ».
Pour la journaliste, le débat politique passe totalement à côté de l’essentiel : « On peut parler de Sonko ou de Diomaye tous les jours, mais tant qu’on ne mettra pas l’être humain au centre des débats et des décisions, nous n’avancerons pas. Les autres pays nous devancent parce qu’ils protègent l’enfance, la femme et même l’animal. »
Un silence coupable
Ce qui indigne profondément Ndiape Bitèy, c’est l’absence de mobilisation nationale après cette tragédie : « Cette histoire de la petite Aminata tuée par son beau-père, on n’en fait même pas un débat. Cela devait être un scandale national. C’est là que j’attends les féministes et les droits-de-l’hommistes. Une marche nationale aurait dû être organisée pour réclamer une meilleure prise en charge des enfants handicapés. »
Tout en condamnant l’horreur du crime, elle invite à regarder en face la solitude des familles face à la maladie : « Les parents d’enfants handicapés souffrent terriblement. Dans quel état de détresse psychologique, de solitude et d’abandon cette mère se tournait-elle avant que le drame ne se produise ? »
