Dans un témoignage à cœur ouvert, la réalisatrice Kadia Sall revient sur ses blessures intimes, son rapport à la mort et sa quête de résilience, traçant ainsi sa voie vers la liberté.
« Je suis une personne qui se demandait ce que je faisais dans ce monde. Pourtant, je suis encore là », confie-t-elle dans L’Obs avec gravité. Longtemps, l’idée d’une vie écourtée l’a traversée. « Je demandais très souvent, en larmes, à Dieu, de me prendre plus tôt. Je ne voulais pas vivre au-delà de 45 ans. Aujourd’hui, j’ai 43 ans. Si je dois mourir dans deux ans, est-ce que j’aurais été utile à la société ? » Le décès de l’actrice a agi comme un électrochoc : « Le départ de Halima, c’était la claque.»
Interrogée sur l’origine d’un tel mal-être, Kadia Sall évoque le poids du regard social et des injonctions subies dès l’enfance. « J’ai tellement demandé de choses folles à cause de la société », souffle-t-elle, laissant entrevoir des blessures anciennes.
Ses quatre divorces, souvent pointés du doigt, ne sont pas pour elle une fatalité mais un chemin d’apprentissage. « Il y a pire ! Il faut savoir accepter de guérir, de se relever, accepter de renaître. Si à chaque fois qu’on tombe, on ne peut pas se relever, à quoi sert la vie ? » affirme-t-elle, revendiquant une résilience assumée.
À travers son prochain film, la cinéaste ne cherche ni à accuser ni à se poser en victime. « Mon film n’aura pas beaucoup de paroles, mais plutôt des symboles et des métaphores. Il peut se regarder muet, tout comme avec de la musique. Je ne libère pas la parole, je pose le débat », explique-t-elle.
En ce 8 mars symbolique, elle dit vouloir assumer son parcours sans regret : « Les gens doivent comprendre que la résilience a un sens. Arrêtons de stigmatiser les gens, regardons par où ils sont passés. »
Aujourd’hui, Kadia Sall se dit en chemin vers une liberté nouvelle. « Pendant longtemps, j’ai montré que j’étais une femme forte. J’ai accepté, pendant 42 ans, de faire ce que la société me dictait. » Une prise de conscience s’est imposée à elle, reconnaître sa part de responsabilité.
« Le jour où j’ai compris que mes divorces n’étaient pas forcément la faute des autres, que j’avais un problème à solutionner, c’est ce jour-là que j’ai su ce qu’il fallait faire. »
« Bien entendu, comme tout le monde… », conclut-elle à propos de sa responsabilité dans ses échecs conjugaux. Un aveu lucide, qui s’inscrit dans une démarche de guérison et de reconstruction, entre foi, introspection et création artistique.