Le déplacement du directeur général de l’Agence Nationale de l’État civil (ANEC) dans la partie méridionale du pays ne s’est pas limité à une simple visite de courtoisie. Venu s’enquérir de la réalité du terrain, Matar Ndao a été confronté à une situation administrative complexe, marquée par des pratiques locales qui fragilisent la fiabilité des documents officiels. Au-delà des échanges protocolaires, cette mission a permis de mettre le doigt sur des mécanismes de gestion défaillants qui menacent directement la sécurité des données des populations.
La première étape de ce constat s’est dessinée à Marsassoum. Dans cette commune, les dysfonctionnements signalés ont dépassé le stade de la simple négligence administrative. Selon les informations rapportées par Emedia, la mission a dû faire face à des cas de saisies d’actes de naissance et à des signalements de fraudes présumées impliquant le personnel communal. La gravité des faits a nécessité une intervention directe auprès du maire et des responsables de quartier pour acter l’existence du problème, préalable indispensable à toute correction.
Cependant, le défi majeur relevé par l’ANEC lors du Comité régional de développement (CRD) dépasse le cadre d’une seule localité. Il concerne l’infrastructure numérique elle-même. Les services de l’État civil ont identifié l’utilisation persistante de logiciels dits « clandestins » par certaines municipalités. Ces outils informatiques, dont les concepteurs et les lieux d’hébergement des données restent souvent inconnus, opèrent en dehors du cadre légal défini par l’État. Cette pratique expose les données personnelles des citoyens à des risques de sécurité majeurs, malgré les circulaires de rappel émises en novembre dernier.
À ces failles technologiques s’ajoutent des manquements procéduraux chroniques. L’ANEC a pointé du doigt la gestion des « volets 2 » des registres d’état civil. Ces documents, qui doivent impérativement être compilés et transmis aux tribunaux en fin d’année pour sécuriser l’archivage judiciaire, ne suivent que rarement le circuit réglementaire. Ces irrégularités sont aggravées par des problèmes de qualification au niveau des agents et officiers d’état civil, créant un terrain favorable aux erreurs et aux falsifications.
Pour contrer ces dérives, la direction de l’État civil oppose une solution technique unique : le déploiement exclusif du logiciel certifié par l’État. Conçu par l’ANEC et mis gratuitement à la disposition des communes, cet outil est présenté comme la seule garantie de sécurité et de traçabilité. L’objectif affiché est de permettre, à terme, une interconnexion totale, offrant la possibilité à un citoyen d’obtenir ses documents depuis n’importe quelle localité ou via mobile, tout en intégrant les structures sanitaires pour les déclarations immédiates.
Existe-t-il un plan pour la mise en place généralisée du système unique avec des échéances précises ?