L’Inde active un réacteur nucléaire inédit pour exploiter une ressource dont elle possède 25 % des réserves mondiales

Face à une demande énergétique en constante augmentation, le gouvernement indien accélère la transition de son mix électrique. Une récente avancée technologique vient de franchir une étape décisive, rapprochant le pays d’une refonte totale de son approvisionnement dans le domaine atomique.

Le prototype de réacteur à neutrons rapides (PFBR), situé à Kalpakkam dans l’État méridional du Tamil Nadu, a atteint lundi le stade de criticité, moment où une réaction nucléaire en chaîne se maintient d’elle-même. Le Premier ministre Narendra Modi a qualifié cette avancée de moment de fierté et d’étape déterminante pour le programme national.

Conçue par le Centre de recherche atomique Indira Gandhi (IGCAR), cette installation d’une capacité de 500 mégawatts électriques présente une caractéristique technique spécifique : elle produit plus de matière fissile qu’elle n’en consomme. Contrairement aux réacteurs à eau lourde pressurisée classiques qui utilisent de l’uranium et rejettent du plutonium comme déchet, ce nouveau modèle exploite ce plutonium éjecté comme combustible pour entretenir la réaction. Ce procédé permet de réduire considérablement la quantité d’uranium nécessaire à la production d’électricité.

L’enjeu géologique et stratégique de cette installation est central. Selon les explications fournies à la chaîne Al Jazeera par Paul Norman, professeur de physique nucléaire et d’énergie nucléaire à l’Université de Birmingham, cette technologie peut être adaptée pour fonctionner avec des systèmes au thorium. À l’échelle mondiale, les réserves de thorium sont quatre fois supérieures à celles de l’uranium. Cette donnée est d’autant plus cruciale pour l’Inde que le pays ne possède que 1 à 2 % de l’uranium mondial, mais abrite plus de 25 % des réserves planétaires de thorium.

L’Inde, troisième plus grand consommateur d’énergie au monde après la Chine et les États-Unis, ambitionne de faire passer sa capacité nucléaire de 8 180 MW en 2024 à 100 GW d’ici 2047. Le réacteur de Kalpakkam constitue la deuxième phase d’un programme en trois étapes, conçu dès 1996 par les scientifiques indiens pour faire face à la croissance continue de la demande électrique du pays.

La troisième étape du programme consistera à déployer des réacteurs alimentés par le thorium et par l’uranium-233 généré lors de la phase actuelle. Plusieurs pays, dont les États-Unis, la France, le Royaume-Uni et le Japon, ont travaillé sur la technologie des réacteurs à neutrons rapides. Une fois l’installation de Kalpakkam pleinement opérationnelle, l’Inde deviendra le deuxième pays, après la Russie, à disposer d’un tel réacteur à vocation commerciale.

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