Les représentants de Washington et de Téhéran se retrouvent ce vendredi à Mascate, au Sultanat d’Oman, pour une session de négociations particulièrement tendue. Il s’agit de la première rencontre officielle depuis les frappes américaines de juin sur les installations nucléaires iraniennes. Si la reprise du dialogue marque une étape diplomatique, la stratégie adoptée par l’administration Trump, qualifiée de « maximaliste » par les observateurs, risque de se heurter à une ligne rouge fondamentale pour la République islamique.
Selon les informations relayées par Al Jazeera, l’administration américaine aborde ces discussions avec une position de force, estimant que l’Iran se trouve dans une posture affaiblie. Sina Azodi, directeur des études sur le Moyen-Orient à l’Université George Washington, explique que Washington perçoit ce moment comme opportun pour obtenir le maximum de concessions. Cette approche intervient dans un contexte où l’Iran fait face à des mouvements de contestation interne et à l’impact économique des sanctions.
Cependant, le périmètre des exigences américaines s’est considérablement élargi. Au-delà du seul dossier nucléaire, qui constituait le cœur des précédents accords, les États-Unis mettent désormais sur la table la question du programme de missiles balistiques iraniens et le soutien aux groupes régionaux. Le sénateur Marco Rubio, actuel secrétaire d’État, a précisé mercredi que pour être significatives, les discussions devaient inclure « la portée de leurs missiles balistiques, leur parrainage d’organisations terroristes et le traitement de leur propre peuple ».
Cette extension du domaine de la négociation constitue le point de friction majeur. Pour Téhéran, le programme de missiles représente l’unique outil de dissuasion restant face aux menaces extérieures, notamment israéliennes. Sina Azodi souligne qu’une réduction des stocks de missiles serait un « non-démarrage » pour l’Iran, car cela équivaudrait à une perte de souveraineté et à une vulnérabilité totale. C’est, selon l’analyste, « la ligne rouge la plus brillante » tracée par le régime iranien.
La délégation américaine comprend des figures clés de l’entourage du président, dont l’envoyé spécial Steve Witkoff et Jared Kushner. En face, le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, mène les discussions. Donald Trump a résumé sa position lors d’une récente intervention, réclamant « deux choses » : l’absence d’arme nucléaire et l’arrêt de la répression contre les manifestants. Ces pourparlers surviennent après des mois de tensions et d’incertitudes sur la stratégie réelle de la Maison Blanche.
Le climat régional pèse lourdement sur cette rencontre. Les pays du Golfe appellent à la désescalade, craignant les répercussions d’un conflit ouvert. Parallèlement, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu maintient une pression constante, ayant averti Steve Witkoff de rester sceptique face aux engagements iraniens. Ali Vaez, de l’International Crisis Group, note que l’administration américaine pourrait surestimer sa position : bien que le régime iranien soit affaibli, il conserve une capacité de résilience et perçoit ces négociations avec une extrême méfiance, gardant, selon une source officielle iranienne, « le doigt sur la gâchette ».