C’est l’une des rivalités les plus intenses du sport mondial, mais cette année, elle se joue autant sur le terrain que dans le portefeuille des spectateurs. Alors que le monde du cricket a les yeux rivés sur le R Premadasa Stadium de Colombo pour la confrontation très attendue entre l’Inde et le Pakistan ce dimanche, l’incertitude politique qui a plané sur la rencontre jusqu’à la dernière minute a eu un effet immédiat et violent sur la logistique des supporters.
Le contexte de ce match de Coupe du Monde T20 a failli être fatal à l’événement. Selon les informations rapportées par Al Jazeera, la tenue de la rencontre a été menacée par des tensions géopolitiques majeures, le gouvernement pakistanais ayant initialement ordonné un boycott. Ce n’est qu’à six jours de l’échéance qu’Islamabad a fait marche arrière, confirmant la participation de son équipe nationale. Ce revirement tardif, s’il a sauvé le spectacle sportif, a déclenché une réaction en chaîne sur les tarifs de voyage, prenant de court des milliers de fans indiens.
La conséquence directe de cette validation tardive a été une explosion des coûts de transport. La demande, comprimée par l’incertitude, s’est libérée d’un coup, provoquant une flambée des prix des billets d’avion. Un aller-retour sans escale entre Mumbai et Colombo, qui se négocie habituellement autour de 275 dollars (environ 165 000 FCFA), a dépassé la barre des 1 000 dollars (600 000 FCFA) à 48 heures du coup d’envoi. Même constat pour les vols courts : le trajet depuis Chennai, qui dure à peine 1h20, a vu ses tarifs tripler, passant de 165 à 550 dollars.
Sur place, l’hébergement suit la même courbe inflationniste. Les hôtels cinq étoiles de la capitale sri-lankaise affichent des tarifs oscillant entre 400 et 1 000 dollars la nuit pour la période du match. Aditya Chheda, un professionnel de la finance venu de Mumbai, confie avoir payé un surplus de 50 % malgré une réservation effectuée un mois à l’avance, anticipant la levée du boycott.
Paradoxalement, alors que le voyage coûte une fortune, l’accès au stade a réservé des surprises inverses à certains chanceux. Piyush Nathani, un professionnel de l’informatique, a réussi à obtenir un billet pour la somme dérisoire de 5 dollars. « C’est le billet le moins cher que j’aie jamais acheté », s’étonne-t-il, soulignant le contraste saisissant avec les millions de dollars de revenus publicitaires que génère cette affiche.
Malgré ces obstacles financiers et logistiques, l’engouement ne faiblit pas. Pour les supporters présents, comme Parth Chauhan qui a patienté quatre heures dans une file d’attente virtuelle, l’enjeu dépasse le cadre sportif. Dans un contexte diplomatique toujours tendu, une victoire contre le rival historique est perçue par beaucoup comme un triomphe moral qui, selon leurs propres mots, « ne s’achète pas ».