Le modèle économique de Starlink accusé de contourner un impératif légal imposé aux opérateurs nationaux

L’arrivée de la technologie satellitaire dans le paysage des télécommunications sénégalais est souvent perçue sous le prisme de la performance technique et de la vitesse de connexion. Pourtant, une analyse économique plus poussée soulève des inquiétudes quant à l’impact réel de ce nouveau modèle sur le développement national. Dans une tribune publiée par notre confrère Sud Quotidien, Malick Ndaw met en lumière les déséquilibres structurels que l’offre de Starlink pourrait induire face aux acteurs historiques du secteur.

Le point de friction initial relevé par cette analyse concerne le cadre réglementaire. Au Sénégal, la loi impose à tout opérateur de télécommunications d’établir une société de droit sénégalais, assujettie aux normes fiscales et sociales locales. Cette exigence, strictement appliquée aux opérateurs actuels notamment lors des appels d’offres pour la 5G, ne semble pas remplie de la même manière par le géant américain. Selon les observations rapportées, Starlink ne disposerait pas officiellement d’une entité juridique locale pleinement établie selon les standards exigés par la loi, opérant plutôt via un modèle de service transfrontalier.

Un déséquilibre dans la création de valeur locale

Ce différentiel réglementaire se double d’un écart économique significatif. Les opérateurs télécoms traditionnels représentent environ 6 % du PIB et ont investi plus de 2 500 milliards de FCFA dans les infrastructures (fibre, data centers, réseaux mobiles) au cours des vingt dernières années. Ces investissements lourds s’accompagnent d’une contribution fiscale majeure, estimée entre 300 et 400 milliards de FCFA par an, et de la création de quelque 20 000 emplois directs.

À l’inverse, le modèle Starlink est qualifié d’« asset-light » au niveau local. L’infrastructure étant spatiale et pilotée depuis les États-Unis par SpaceX, la valeur ajoutée ne transite que marginalement par le Sénégal. Plus de 90 % de la valeur du service serait captée hors du territoire. L’entreprise ne déploie pas d’infrastructures lourdes au sol et génère peu d’emplois, limitant son impact sur le tissu économique local à la simple commercialisation de terminaux et d’abonnements.

Ciblage de la clientèle et souveraineté

Sur le plan social, l’analyse de Malick Ndaw pointe un risque de « crémage » du marché. Avec un coût d’accès mensuel oscillant entre 22 000 et 30 000 FCFA, auquel s’ajoute l’achat du matériel (plus de 120 000 FCFA), l’offre cible prioritairement les entreprises, les expatriés et les ménages aisés. Ce positionnement laisse aux opérateurs locaux la charge des investissements nécessaires à la couverture universelle et aux zones moins rentables, tout en les privant d’une part des revenus à forte valeur ajoutée.

Au-delà des chiffres, la question de la souveraineté numérique est posée. Le contrôle des flux, la gestion des données et la continuité du service dépendent d’une infrastructure entièrement gérée depuis l’étranger, sans les leviers de contrôle habituels dont dispose l’État sur les opérateurs disposant d’un ancrage juridique et physique national.

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Un commentaire

  1. Les opérateurs locaux ont été trop gourmands et cruels, comment peut on vendre une fibre optique de 20 Méga ? Et qui n’en fait même pas 2 en réalité ?

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