Le gain de place du Sénégal à l’indice de corruption se heurte au rappel à l’ordre de l’Ofnac sur ce seuil d’alerte

L’Office national de lutte contre la corruption (Ofnac) a réuni ses cadres et partenaires à Saly-Portudal pour un atelier de diagnostic stratégique. Alors que les indicateurs internationaux signalent une légère évolution positive pour le Sénégal, l’institution de régulation a choisi ce moment précis pour évaluer froidement les dispositifs en place. Loin de toute célébration prématurée, les travaux visent à transformer ces données statistiques en actions concrètes face à une réalité structurelle qui exige davantage que des réformes de papier.

**Un diagnostic sans complaisance malgré la progression**

Selon les éléments rapportés par Sud Quotidien, cette rencontre intervient dans le sillage de la publication de l’Indice de perception de la corruption (IPC) 2025 par Transparency International. Le Sénégal y enregistre un progrès factuel : le pays gagne un point et une place, affichant désormais un score de 46/100 et se positionnant au 65e rang sur 182 nations évaluées.

Si cette avancée traduit une dynamique positive, Moustapha Ka, président de l’Ofnac, a tenu à contextualiser ce résultat lors de l’ouverture des travaux. Pour le magistrat, l’heure n’est pas au relâchement. « Ce bond ne suffit pas, car nous restons toujours dans la zone rouge », a-t-il déclaré avec lucidité. Cette « zone rouge » désigne techniquement les pays dont le score demeure inférieur à 50/100, seuil symbolique d’une gouvernance assainie.

**Des réformes législatives inédites en Afrique de l’Ouest**

L’amélioration notée par les évaluateurs internationaux trouve sa source dans un arsenal normatif récemment renforcé. Les années 2024 et 2025 ont été marquées par l’adoption de textes majeurs, dont une loi spécifique sur le statut et la protection des lanceurs d’alerte. D’après le président de l’Ofnac, il s’agit d’une première dans l’espace ouest-africain.

Le dispositif national s’est également durci concernant la déclaration de patrimoine et la lutte contre le blanchiment de capitaux, offrant aux organes de contrôle une autonomie accrue. L’atelier de Saly a pour vocation d’identifier les faiblesses persistantes de ces mécanismes afin d’élaborer un plan stratégique de développement. L’objectif affiché est de maintenir ce rythme de réformes pour que les efforts actuels se traduisent par une sortie durable de la zone critique dès les classements de 2027.

**Une mobilisation transversale de l’État**

La rencontre a mis en exergue la dimension collective de cette lutte, qualifiée de « criminalité transversale » par Moustapha Ka. « Le combat contre la corruption n’est pas un combat solitaire », a-t-il insisté. Cette approche collaborative s’est matérialisée par la présence de figures clés de l’appareil judiciaire et exécutif, notamment le professeur Sidi Alpha Ndiaye, coordonnateur du pôle juridique de la présidence de la République, le député Abdoulaye Tall, ainsi que le magistrat Omar Sall du ministère de la Justice.

L’Ofnac entend désormais s’appuyer sur cette solidarité interinstitutionnelle pour finaliser sa stratégie nationale, convaincu que seule une synergie entre l’administration publique et les autorités politiques permettra d’atteindre les objectifs fixés.

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