La scène politique japonaise entre dans une phase de turbulences calculées. Alors que son mandat a débuté il y a seulement quelques mois, la Première ministre Sanae Takaichi a pris la décision de renvoyer les députés devant les urnes. Si la dissolution de la Chambre des représentants relève des prérogatives constitutionnelles de l’exécutif, le timing précis choisi pour cette annonce rompt avec les usages habituels de l’archipel.
L’annonce est tombée ce vendredi, confirmant les informations relayées par l’agence Anadolu et les médias locaux comme Kyodo News. La Chambre basse du Parlement a été dissoute, enclenchant mécaniquement le processus électoral. Les citoyens japonais sont appelés à voter le 8 février prochain pour renouveler les 465 sièges de l’hémicycle. Pour espérer élire le prochain Premier ministre, un parti ou une coalition devra impérativement sécuriser la majorité absolue, fixée à 233 sièges.
Ce scrutin anticipé se distingue par sa temporalité singulière. Il s’agit de la première fois depuis six décennies qu’une dissolution est prononcée dès l’ouverture d’une session parlementaire ordinaire. Cette accélération soudaine du calendrier impose une campagne électorale particulièrement brève, qui débute immédiatement.
**Une quête de légitimité par les urnes**
Pour Sanae Takaichi, arrivée au pouvoir en octobre 2025, cette manœuvre vise un objectif politique clair : obtenir un mandat direct du peuple. La cheffe du gouvernement cherche à valider par le vote la nouvelle coalition gouvernementale, formée le même mois entre le Parti libéral-démocrate et le Parti de l’innovation du Japon.
La situation parlementaire actuelle de l’exécutif justifie en partie cette prise de risque. L’alliance au pouvoir ne détient qu’une courte majorité à la Chambre des représentants et se trouve en situation minoritaire au sein de la Chambre des conseillers. Ce retour aux urnes apparaît comme une tentative de débloquer cette arithmétique complexe.
**La colère de l’opposition sur le calendrier**
Cette stratégie suscite de vives réactions. L’opposition critique sévèrement le délai extrêmement réduit — seulement seize jours séparent la dissolution du vote — estimant que cela prive les électeurs du temps nécessaire pour évaluer les différentes propositions politiques.
Les adversaires de la Première ministre pointent également du doigt la gestion des affaires courantes : le scrutin est convoqué avant même l’adoption par le Parlement du budget préliminaire pour l’exercice 2026. Une décision qualifiée de manœuvre privilégiant les intérêts partisans, alors que les précédentes élections législatives s’étaient tenues en octobre 2024.