Le déplacement de deux jours entamé par le président nigérian Bola Ahmed Tinubu en Turquie dépasse le cadre protocolaire habituel des visites d’État. Arrivé à l’invitation de son homologue Recep Tayyip Erdogan, le chef de l’État nigérian ne cherche pas uniquement à renforcer des liens diplomatiques existants, mais à opérer un virage structurel pour son pays. Selon les précisions fournies par Sunday Akin Dare, conseiller à la communication de la présidence, cette mission s’inscrit dans une logique de redéfinition des alliances économiques et sécuritaires d’Abuja.
**Une connexion intercontinentale ciblée**
L’objectif affiché par la présidence nigériane, relayé par l’agence Anadolu, est de transformer le Nigeria en une véritable « porte de l’Afrique vers les marchés mondiaux ». Pour y parvenir, Abuja mise sur la position géographique unique de la Turquie. Sunday Akin Dare souligne que la Turquie demeure la seule grande puissance reliant physiquement deux continents, contrôlant les passages maritimes cruciaux entre la mer Noire et la Méditerranée.
Pour les exportateurs et investisseurs nigérians, Istanbul est perçue comme un pont vers l’Europe, un passage vers le Moyen-Orient et une plateforme vers l’Asie centrale. Cette reconfiguration logistique vise à désenclaver l’économie nigériane en s’appuyant sur un partenaire qui maîtrise ces carrefours commerciaux mondiaux.
**Le modèle turc comme référence de réforme**
Au-delà de la géographie, c’est l’expérience turque en matière de réformes structurelles qui intéresse le gouvernement Tinubu. Les défis actuels du Nigeria — volatilité du taux de change, discipline financière, diversification commerciale — sont des épreuves que la Turquie a déjà traversées. « La Turquie comprend parfaitement ce chemin car elle l’a déjà emprunté », précise le conseiller présidentiel.
Cette inspiration se traduit par une volonté de partenariats concrets dans des secteurs où l’industrie turque a fait ses preuves : la construction, le textile, l’énergie et les transports. L’ambition est de passer de l’achat simple de produits à la construction de systèmes complets, favorisant ainsi le transfert technologique et l’industrialisation locale.
**Défense et objectifs chiffrés**
Le volet sécuritaire occupe également une place centrale dans les discussions. Le Nigeria s’intéresse aux solutions de défense turques éprouvées sur le terrain, notamment les drones, les véhicules blindés et les systèmes de surveillance. L’enjeu pour Abuja est de développer ses propres capacités de défense sans maintenir une dépendance extérieure excessive.
Sur le plan purement commercial, les deux nations affichent des ambitions claires. Alors que le volume des échanges dépasse actuellement le milliard de dollars par an, l’objectif fixé à moyen terme est d’atteindre la barre des cinq milliards de dollars. Ce rapprochement marque une nouvelle étape dans des relations bilatérales renforcées depuis 2010, la Turquie maintenant une présence diplomatique au Nigeria depuis 1962.