La proposition américaine visant à instaurer un nouvel organe pour la gestion de l’après-guerre à Gaza se heurte à une réalité juridique en Europe. Alors que Washington pousse pour la mise en place rapide de son « Conseil de paix », Rome a fait savoir, par la voix de sa cheffe du gouvernement, que l’adhésion italienne ne pouvait être immédiate. Selon les informations relayées par l’agence Anadolu, ce délai n’est pas le fruit d’un désaccord politique, mais d’un obstacle légal interne.
Giorgia Meloni a confirmé, lors d’une intervention sur la chaîne Rai News, que l’Italie ne signerait pas le document lors de la cérémonie officielle prévue. Si la Première ministre italienne affiche une « ouverture » de principe envers l’initiative du Président Donald Trump, elle invoque une « incompatibilité constitutionnelle » qui empêche une validation instantanée. Pour Rome, il est nécessaire de prendre le temps d’analyser les statuts de ce nouvel organe avant tout engagement formel.
Le blocage réside spécifiquement dans l’article 11 de la Constitution italienne. Ce texte encadre strictement les conditions dans lesquelles l’Italie peut accepter des limitations de sa souveraineté. Giorgia Meloni a précisé que ces transferts de compétence ne sont autorisés qu’à « des conditions d’égalité entre États » et au profit d’organisations internationales œuvrant pour la paix et la justice. Or, la structure actuelle du « Conseil de paix » proposé ne semble pas, en l’état, répondre à ces exigences constitutionnelles.
Interrogée sur la nature de cette entité et le risque qu’elle ne se substitue aux institutions existantes, la dirigeante a tenu à clarifier la position de son pays vis-à-vis du multilatéralisme. Elle a rappelé qu’aucun organe ne pouvait remplacer les Nations unies, tout en notant que le Conseil de paix avait été conçu dans le cadre d’une résolution de l’ONU. Elle estime toutefois que s’exclure par principe de cet organe, qu’elle juge « intéressant », ne serait pas un choix stratégique pertinent pour l’Italie et l’Europe, malgré les aspects techniques qui posent encore problème.
Cette structure diplomatique a été annoncée la semaine dernière par la Maison Blanche. Elle s’inscrit dans un dispositif plus large comprenant un Comité national pour l’administration de Gaza, destiné à gérer la transition dans l’enclave palestinienne. Ce déploiement diplomatique intervient alors que la deuxième phase de l’accord de cessez-le-feu est en cours, tentant de mettre un terme à un conflit qui a causé plus de 71 000 morts et 171 000 blessés depuis octobre 2023.