Le prestigieux festival du film de Berlin fait face à une défection majeure à quelques jours de son ouverture. L’écrivaine indienne Arundhati Roy a annoncé son retrait de l’événement, refusant de s’associer à une institution dont le jury vient de tenir des propos sur la guerre à Gaza qu’elle qualifie de « choquants » et « dégoûtants ». Au cœur de la rupture : une vision du rôle de l’artiste défendue par la présidence du jury qui passe mal auprès de la romancière.
La tension est montée d’un cran jeudi, lors du panel de lancement du festival. Interrogé par un journaliste sur la position du gouvernement allemand concernant le conflit et le « traitement sélectif des droits de l’homme », le président du jury, le réalisateur Wim Wenders, a livré une réponse qui a mis le feu aux poudres. Selon nos informations reprises d’Al Jazeera, le cinéaste allemand a affirmé que les réalisateurs « doivent rester en dehors de la politique ».
Une conception de l’art qui ne passe pas
« Si nous faisons des films qui sont résolument politiques, nous entrons dans le champ de la politique. Mais nous sommes le contrepoids de la politique. Nous sommes l’opposé de la politique », a déclaré Wim Wenders, ajoutant que les artistes doivent faire « le travail du peuple et non celui des politiciens ». Une autre membre du jury, la productrice polonaise Ewa Puszczynska, a renchéri en qualifiant la question d’« injuste », estimant que les cinéastes ne peuvent être tenus responsables du soutien des gouvernements à Israël ou à la Palestine.
Ces déclarations ont provoqué une réaction immédiate d’Arundhati Roy. Dans une tribune publiée par le journal indien The Wire, l’auteure du Dieu des Petits Riens s’est dite « stupéfaite » par cette approche. Pour elle, cette posture est « une manière de clore la conversation sur un crime contre l’humanité alors même qu’il se déroule sous nos yeux en temps réel ».
La qualification de « génocide » maintenue
L’écrivaine, dont le film de 1989 In Which Annie Gives It Those Ones devait être projeté dans la section Classiques, a annulé sa venue prévue entre le 12 et le 22 février. Elle a tenu à clarifier sa position sans ambiguïté : « Ce qui s’est passé à Gaza, ce qui continue de se passer, est un génocide du peuple palestinien par l’État d’Israël ».
Elle pointe également la responsabilité des alliés occidentaux, soulignant que cette guerre est « soutenue et financée par les gouvernements des États-Unis et de l’Allemagne », ce qui les rend, selon elle, « complices du crime ». Cette prise de position s’inscrit dans un contexte tendu en Allemagne, l’un des plus grands exportateurs d’armes vers Israël après les États-Unis.
En 2024, plus de 500 artistes et travailleurs culturels internationaux avaient déjà appelé au boycott des institutions culturelles financées par l’Allemagne, dénonçant des politiques jugées « maccarthystes » visant à supprimer les expressions de solidarité avec la Palestine.